{"id":2252,"date":"2018-06-21T15:59:24","date_gmt":"2018-06-21T13:59:24","guid":{"rendered":"https:\/\/revue-belveder.org\/?p=2252"},"modified":"2018-06-29T08:52:55","modified_gmt":"2018-06-29T06:52:55","slug":"recherche-scientifique-et-developpement-industriel","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/revue-belveder.org\/index.php\/recherche-scientifique-et-developpement-industriel\/","title":{"rendered":"Recherche scientifique et d\u00e9veloppement industriel"},"content":{"rendered":"<h1 style=\"text-align: left\">L\u2019h\u00e9ritage de Paul Sabatier<\/h1>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h3>Paul Sabatier, universitaire moderne attach\u00e9 \u00e0 sa province<\/h3>\n<p><a  href=\"https:\/\/revue-belveder.org\/wp-content\/uploads\/2018\/06\/Paul_Sabatier.jpg\" data-rel=\"lightbox-gallery-0\" data-rl_title=\"\" data-rl_caption=\"\" title=\"\"><img loading=\"lazy\" class=\"aligncenter wp-image-2500 size-medium\" src=\"https:\/\/revue-belveder.org\/wp-content\/uploads\/2018\/06\/Paul_Sabatier-212x300.jpg\" alt=\"\" width=\"212\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/revue-belveder.org\/wp-content\/uploads\/2018\/06\/Paul_Sabatier-212x300.jpg 212w, https:\/\/revue-belveder.org\/wp-content\/uploads\/2018\/06\/Paul_Sabatier.jpg 280w\" sizes=\"(max-width: 212px) 100vw, 212px\" \/><\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: left\">N\u00e9 \u00e0 Carcassonne en 1854, Paul Sabatier a fait ses \u00e9tudes secondaires \u00e0 Toulouse. \u00c9l\u00e8ve de l\u2019\u00c9cole Normale Sup\u00e9rieure, agr\u00e9g\u00e9 de physique, il soutient en 1880 sa th\u00e8se de doctorat \u00e8s sciences. \u00c2g\u00e9 seulement de 30 ans, il est nomm\u00e9 professeur titulaire de la chaire de chimie g\u00e9n\u00e9rale \u00e0 la Facult\u00e9 des Sciences de Toulouse. Comme souvent en province, rien n\u2019\u00e9tait pr\u00e9vu pour entreprendre des recherches. \u00c9l\u00e8ve de Marcelin Berthelot, ne partageant ni ses id\u00e9es philosophiques, ni ses positions sur la chimie moderne, il avait \u00e9t\u00e9 en quelque sorte \u00ab exil\u00e9 \u00bb en province par son ma\u00eetre.<br \/>\n\u00c0 peine install\u00e9, il prend l\u2019initiative de cr\u00e9er le premier laboratoire de recherches de la Facult\u00e9, qu\u2019il devait diriger et animer de 1884 \u00e0 1939. D\u00e8s 1892, les locaux neufs de la nouvelle facult\u00e9 des all\u00e9es Saint-Michel (aujourd\u2019hui Jules-Guesde) lui offrirent des conditions de travail \u00e0 la mesure de ses ambitions scientifiques. L\u00e0, il d\u00e9couvrit, avec l\u2019abb\u00e9 Senderens, une r\u00e9action g\u00e9n\u00e9rale, l\u2019hydrog\u00e9nation des compos\u00e9s in-satur\u00e9s, et il proposa le m\u00e9canisme de la catalyse qui avait permis cette d\u00e9couverte. Ce travail de recherche lui valut le prix Nobel de chimie en 1912.<br \/>\nDoyen de la Facult\u00e9 des Sciences en 1905, Paul Sabatier y exer\u00e7a ses activit\u00e9s d\u2019enseignant et de chercheur jusqu\u2019en 1939. Politiquement conservateur, Paul Sabatier se pr\u00e9senta sans succ\u00e8s aux \u00e9lections municipales de mai 1896, sur la liste \u00e9lectorale \u00ab Union R\u00e9publicaine et D\u00e9fense sociale \u00bb soutenue par le journal <em>La Croix<\/em>. Refusant de multiples et all\u00e9chantes sollicitations parisiennes, il choisit de rester \u00e0 Toulouse, s\u2019affirmant comme un pr\u00e9curseur dans sa volont\u00e9 de \u00ab vivre et travailler au pays \u00bb.<\/p>\n<div id=\"attachment_2254\" style=\"width: 610px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a  href=\"https:\/\/revue-belveder.org\/wp-content\/uploads\/2018\/06\/sciences2081.jpg\" data-rel=\"lightbox-gallery-0\" data-rl_title=\"\" data-rl_caption=\"\" title=\"\"><img aria-describedby=\"caption-attachment-2254\" loading=\"lazy\" class=\"wp-image-2254\" src=\"https:\/\/revue-belveder.org\/wp-content\/uploads\/2018\/06\/sciences2081-300x136.jpg\" alt=\"\" width=\"600\" height=\"272\" srcset=\"https:\/\/revue-belveder.org\/wp-content\/uploads\/2018\/06\/sciences2081-300x136.jpg 300w, https:\/\/revue-belveder.org\/wp-content\/uploads\/2018\/06\/sciences2081-768x349.jpg 768w, https:\/\/revue-belveder.org\/wp-content\/uploads\/2018\/06\/sciences2081-1024x465.jpg 1024w, https:\/\/revue-belveder.org\/wp-content\/uploads\/2018\/06\/sciences2081-500x227.jpg 500w, https:\/\/revue-belveder.org\/wp-content\/uploads\/2018\/06\/sciences2081-1018x460.jpg 1018w, https:\/\/revue-belveder.org\/wp-content\/uploads\/2018\/06\/sciences2081.jpg 1713w\" sizes=\"(max-width: 600px) 100vw, 600px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-2254\" class=\"wp-caption-text\">Ancienne facult\u00e9 des Sciences, aujourd\u2019hui si\u00e8ge de l\u2019Universit\u00e9 f\u00e9d\u00e9rale Toulouse Midi-Pyr\u00e9n\u00e9es<\/p><\/div>\n<h3 style=\"text-align: left\">Une synergie recherche scientifique &#8211; industrie<\/h3>\n<p style=\"text-align: left\">D\u00e8s qu\u2019il fut \u00e9lu doyen, mandat qu\u2019il exer\u00e7a de 1905 \u00e0 1929, il s\u2019empressa de mettre en \u0153uvre r\u00e9formes et innovations, afin de rompre avec le caract\u00e8re encyclop\u00e9dique de l\u2019enseignement, mettant \u00e0 profit un d\u00e9cret de la fin du XIXe si\u00e8cle qui d\u00e9finissait les trois fonctions des professeurs d\u2019universit\u00e9 : formation, recherche et \u00ab rendre service \u00e0 la Soci\u00e9t\u00e9 \u00bb.<br \/>\nAinsi, d\u00e8s 1888, il professait un cours public de chimie agricole, le choix de la discipline \u00e9tant li\u00e9 \u00e0 l\u2019importance de l\u2019agriculture pour l\u2019\u00e9conomie r\u00e9gionale. Il souhaitait aller plus loin et faire participer son \u00e9tablissement \u00e0 la vie sociale et industrielle du pays en l\u2019orientant en partie vers l\u2019enseignement des sciences appliqu\u00e9es.<br \/>\nD\u00e8s 1896, un enseignement de chimie appliqu\u00e9e \u00e9tait dispens\u00e9 aux \u00e9tudiants toulousains et sanctionn\u00e9 par un dipl\u00f4me de chimiste. En 1906, il fut remplac\u00e9 par un dipl\u00f4me d\u2019ing\u00e9nieur chimiste pr\u00e9par\u00e9 au sein de la Facult\u00e9 des Sciences, dans l\u2019Institut de Chimie, rapidement promu \u00ab\u202fInstitut d\u2019Universit\u00e9\u202f\u00bb. L\u2019Institut accueillit onze \u00e9tudiants la premi\u00e8re ann\u00e9e, mais sa croissance fut rapide et il en comptait soixante-neuf en 1911. Install\u00e9 provisoirement dans les locaux de la facult\u00e9, un nouveau b\u00e2timent fut construit rue Sainte-Catherine, apr\u00e8s le prix Nobel.<br \/>\nSi la chimie \u00e9tait \u00e0 la t\u00eate du mouvement vers les sciences appliqu\u00e9es, d\u2019autres sp\u00e9cialit\u00e9s enseign\u00e9es \u00e0 Toulouse furent \u00e0 l\u2019origine de nouveaux instituts. La \u00ab\u202fhouille blanche\u202f\u00bb, dont les ressources hydro\u00e9lectriques \u00e9taient tr\u00e8s importantes dans les Pyr\u00e9n\u00e9es, apparaissait comme une opportunit\u00e9 pour la r\u00e9gion de sortir de la situation qui la faisait appara\u00eetre comme vou\u00e9e essentiellement \u00e0 l\u2019agriculture, handicap\u00e9e dans tout d\u00e9veloppement industriel par l\u2019absence d\u2019approvisionnement proche en charbon. Cette id\u00e9e se concr\u00e9tisa par la cr\u00e9ation, en 1907, de l\u2019Institut \u00e9lectrotechnique de Toulouse (IET) qui formait des ing\u00e9nieurs et des conducteurs \u00e9lectriciens (\u00e9quivalent de nos jours de techniciens sup\u00e9rieurs).<br \/>\nRestait alors \u00e0 profiter de l\u2019excellente situation toulousaine en mati\u00e8re d\u2019agriculture pour compl\u00e9ter la palette d\u2019enseignements appliqu\u00e9s qui se mettait en place. En 1893, une station agronomique \u00e9tait annex\u00e9e \u00e0 la Facult\u00e9 des Sciences, suivie l\u2019ann\u00e9e apr\u00e8s d\u2019une station d\u2019essais de semences et de pathologie v\u00e9g\u00e9tale et, en 1901, d\u2019une station de pisciculture et d\u2019hydrobiologie. Tout ce travail aboutit en 1909 \u00e0 la cr\u00e9ation d\u2019un Institut Agricole, formant des ing\u00e9nieurs agricoles.<br \/>\nC\u2019est dans la gestion et l\u2019animation de ces instituts, pr\u00e9figurant l\u2019actuel Institut National Polytechnique de Toulouse, que le doyen put mettre ses id\u00e9es novatrices en application. Paul Sabatier \u00e9tait un pr\u00e9curseur dans les domaines de la p\u00e9dagogie, de la d\u00e9centralisation, de la professionnalisation et de l\u2019autonomie des universit\u00e9s. Les \u00e9l\u00e8ves avaient ainsi la possibilit\u00e9 de suivre une partie de leurs \u00e9tudes dans un autre pays que le leur. Gr\u00e2ce \u00e0 des \u00e9changes avec les \u00e9tudiants am\u00e9ricains, les \u00e9l\u00e8ves des instituts toulousains pouvaient terminer leurs \u00e9tudes \u00e0 Harvard. Tr\u00e8s novatrice aussi \u00e9tait l\u2019id\u00e9e d\u2019accepter la formation de contrema\u00eetres et de techniciens dans des \u00e9tablissements relevant de l\u2019Universit\u00e9. Ces instituts entra\u00een\u00e8rent une concertation prononc\u00e9e avec les milieux \u00e9conomiques, qui aboutit au d\u00e9veloppement \u00e9conomique de la Ville rose et se traduisit par des visites d\u2019usines et la participation d\u2019ing\u00e9nieurs aux enseignements.<br \/>\nLa premi\u00e8re grande application industrielle des travaux de Paul Sabatier est, sans aucun doute, l\u2019application du proc\u00e9d\u00e9 mis au point par Fritz Haber en 1909, d\u00e9velopp\u00e9 industriellement d\u00e8s 1913 par la soci\u00e9t\u00e9 BASF sous le nom de proc\u00e9d\u00e9 Haber-Bosch. On peut affirmer que ce proc\u00e9d\u00e9 a sauv\u00e9 l\u2019humanit\u00e9 de la famine car il a permis de pr\u00e9parer, en grandes quantit\u00e9s, des engrais azot\u00e9s de synth\u00e8se qui venaient \u00e0 point pour remplacer les engrais naturels en voie d\u2019\u00e9puisement. L\u2019acc\u00e8s facile \u00e0 l\u2019ammoniac permettait aussi de pr\u00e9parer, par oxydation, l\u2019acide nitrique \u00e0 la base de l\u2019obtention de poudres et explosifs. En ce domaine, il faut souligner le r\u00f4le extr\u00eamement positif qu\u2019a jou\u00e9 Paul Sabatier pour faire installer \u00e0 Toulouse une usine de fabrication d\u2019engrais azot\u00e9s : l\u2019Office national industriel de l\u2019azote (ONIA)\u202f; en compensation des dommages de guerre, le trait\u00e9 de Versailles de 1919 avait donn\u00e9 \u00e0 la France le droit d\u2019utiliser les brevets Haber-Bosch, \u00c0 l\u2019origine d\u2019une grande partie du d\u00e9veloppement \u00e9conomique de Toulouse, l\u2019ONIA, cr\u00e9\u00e9 par une loi du 11 avril 1924, devait devenir, apr\u00e8s fusion avec la Soci\u00e9t\u00e9 des potasses d\u2019Alsace, la soci\u00e9t\u00e9 Azote et produits chimiques en 1967. En 1983 enfin, rachet\u00e9e par la soci\u00e9t\u00e9 Grande Paroisse, filiale d\u2019Atofina, c\u2019est sous l\u2019appellation d\u2019AZF (Azote et Fertilisants) que l\u2019usine continua sa production.<br \/>\nLa destruction du site industriel, le 21 septembre 2001, apr\u00e8s 75 ans d\u2019activit\u00e9, devait \u00e9liminer l\u2019un des premiers employeurs de la r\u00e9gion et arr\u00eater une production qui, dans les ann\u00e9es 1980, l\u2019avait amen\u00e9 \u00e0 devenir le premier producteur et exportateur mondial de nitrate d\u2019ammonium.<br \/>\nCe site porte encore les stigmates de cette activit\u00e9 mais aussi ceux de la guerre de 14-18 : il y avait accueilli les extensions de la Poudrerie de Toulouse qui pr\u00e9parait les produits chimiques indispensables aux armes conventionnelles. C\u2019est ainsi qu\u2019il renferme environ 5\u202f000 tonnes de nitrocellulose, soit 4\u202f500 tonnes dans une ballasti\u00e8re et 500 tonnes dispers\u00e9es dans le sol.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: left\"><strong>Pour en savoir plus :<\/strong><br \/>\nLattes A., \u00ab Paul Sabatier, prix Nobel de chimie 1912\u202f: un universitaire r\u00e9gionaliste et chercheur de talent. Biographie et \u0153uvre scientifique \u00bb, L\u2019actualit\u00e9 chimique, n\u00b0 367-368, 2012.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La promotion de Toulouse comme Cit\u00e9 europ\u00e9enne de la Science en 2018 invite \u00e0 revisiter les coulisses d\u2019une longue histoire pour y retrouver le r\u00f4le d\u2019acteurs majeurs qui, au d\u00e9but du XXe si\u00e8cle, ont \u00e9t\u00e9 des pionniers pour mettre en synergie recherche scientifique et d\u00e9veloppement \u00e9conomique. Parmi eux, Paul Sabatier (1854-1941), a jou\u00e9 un r\u00f4le majeur dans l\u2019essor d\u2019une grande industrie chimique dans une ville, Toulouse, qui \u00e9tait rest\u00e9e jusque l\u00e0 \u00e0 l\u2019\u00e9cart de la r\u00e9volution industrielle. Une industrie qui a cruellement marqu\u00e9 l\u2019histoire urbaine r\u00e9cente, avec l\u2019explosion de l\u2019usine AZF en septembre 2011, mais dont l\u2019empreinte reste pr\u00e9sente dans le paysage urbain\u2026 et dans son sous-sol.<\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":2254,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[29],"tags":[16],"authors":[{"term_id":82,"user_id":0,"is_guest":1,"slug":"auat","display_name":"AUAT"}],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/revue-belveder.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2252"}],"collection":[{"href":"https:\/\/revue-belveder.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/revue-belveder.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revue-belveder.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revue-belveder.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2252"}],"version-history":[{"count":9,"href":"https:\/\/revue-belveder.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2252\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2501,"href":"https:\/\/revue-belveder.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2252\/revisions\/2501"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revue-belveder.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/2254"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/revue-belveder.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2252"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/revue-belveder.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=2252"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/revue-belveder.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=2252"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}