{"id":3236,"date":"2020-02-03T10:19:03","date_gmt":"2020-02-03T09:19:03","guid":{"rendered":"https:\/\/revue-belveder.org\/?p=3236"},"modified":"2020-03-11T09:15:14","modified_gmt":"2020-03-11T08:15:14","slug":"construire-un-dialogue-entre-urbanisme-et-sante","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/revue-belveder.org\/index.php\/construire-un-dialogue-entre-urbanisme-et-sante\/","title":{"rendered":"Construire un dialogue entre urbanisme et sant\u00e9"},"content":{"rendered":"<p>Parce qu\u2019au XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle le mouvement hygi\u00e9niste a su expulser hors des villes les maladies infectieuses comme le chol\u00e9ra, la rougeole, la scarlatine ou la variole et que, pendant longtemps, la ville n\u2019a pas connu de d\u00e9serts m\u00e9dicaux et que l\u2019offre de soins s\u2019y est concentr\u00e9e tout particuli\u00e8rement, on a pu penser que la vie urbaine \u00e9tait d\u00e9sormais gage de bien-\u00eatre et de long\u00e9vit\u00e9. Les seules maladies li\u00e9es \u00e0 la vie en ville et \u00e0 son rythme effr\u00e9n\u00e9 se r\u00e9duiraient alors au stress ou \u00e0 la d\u00e9pression. Pourtant, nos espaces de vie restent toujours des lieux de morbidit\u00e9 : aux maladies infectieuses d\u2019antan ont succ\u00e9d\u00e9 les maladies chroniques, dont bien s\u00fbr le cancer ; les miasmes ont \u00e9t\u00e9 remplac\u00e9s par des \u00ab facteurs de risques \u00bb modernes car li\u00e9s aux activit\u00e9s chimiques et industrielles, \u00e0 l\u2019instar des perturbateurs endocriniens ou des particules fines. De surcro\u00eet, avec la probl\u00e9matique environnementale, on red\u00e9couvre qu\u2019habiter en ville, c\u2019est aussi s\u2019exposer\u202f: que ce soit avec l\u2019imperm\u00e9abilisation des sols, les risques accrus d\u2019inondation, l\u2019apparition de maladies infectieuses caus\u00e9es par les moustiques-tigres ou bien les \u00eelots de chaleur urbains, on constate de plus en plus que le changement climatique d\u00e9grade la sant\u00e9 des habitants et aggrave les in\u00e9galit\u00e9s socio-spatiales qui, bien souvent, structurent les grandes villes. Mais la ville est aussi un lieu de bien-\u00eatre. Elle permet l\u2019acc\u00e8s \u00e0 des services, \u00e0 la culture, \u00e0 des modes de d\u00e9placements \u00ab doux \u00bb, tels que le v\u00e9lo ou la marche. Si elle peut g\u00e9n\u00e9rer de l\u2019isolement, elle est aussi cr\u00e9atrice de liens sociaux. L\u2019urbanit\u00e9, cette qualit\u00e9 morale de la politesse et du respect que l\u2019on attribue \u00e0 la civilisation urbaine, a ainsi son pendant sanitaire\u2026<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h3>Quand la ville creuse les \u00e9carts<\/h3>\n<p>Mais la ville est aussi h\u00e9t\u00e9rog\u00e8ne. Certains quartiers concentrent les populations d\u00e9favoris\u00e9es, et cumulent souvent un niveau \u00e9lev\u00e9 d\u2019expositions environnementales. Ce n\u2019est pas un hasard si les zones les plus pauvres des m\u00e9tropoles se trouvent sous les vents dominants, alors que les quartiers et les zones favoris\u00e9s ne subissent pas les nuages de pollution industrielle. \u00c0 Toulouse, en 2001, il \u00e9tait clair que les quartiers les plus expos\u00e9s aux cons\u00e9quences de la catastrophe d\u2019AZF \u00e9taient les plus d\u00e9favoris\u00e9s et les plus modestes<b> <\/b><span id='easy-footnote-1' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/revue-belveder.org\/index.php\/construire-un-dialogue-entre-urbanisme-et-sante\/#easy-footnote-bottom-1' title='\u00a0C\u2019est le cas, bien document\u00e9, \u00e0 Londres et dans quelques villes industrielles britanniques. De m\u00eame dans le Paris du XIX&lt;sup&gt;e&lt;\/sup&gt; si\u00e8cle\u202f: les quartiers populaires du nord-est se trouvent dans l\u2019axe des vents dominants (du sud-ouest) et subissent les pollutions olfactives \u00e9manant des Halles. '><sup>1<\/sup><\/a><\/span>. La ville est donc la sc\u00e8ne d\u2019in\u00e9galit\u00e9s sociales et territoriales de sant\u00e9, dont il est utile de rappeler ce qui les d\u00e9finit : les in\u00e9galit\u00e9s sociales de sant\u00e9 sont syst\u00e9matiques, socialement construites et donc \u00e9vitables et injustes. Le terme syst\u00e9matique indique que les diff\u00e9rences ne sont pas distribu\u00e9es au hasard mais selon un sch\u00e9ma constant, les populations les plus d\u00e9favoris\u00e9es ayant un moins bon \u00e9tat de sant\u00e9. Elles sont sociales au sens o\u00f9 la place des d\u00e9terminants sociaux est majeure et qu\u2019aucune cause biologique ou g\u00e9n\u00e9tique ne peut les expliquer. Enfin, elles sont injustes car elles r\u00e9sultent de circonstances ind\u00e9pendantes de la responsabilit\u00e9 des personnes.<\/p>\n<p>En France, selon l\u2019INSEE, une diff\u00e9rence de 13 ans d\u2019esp\u00e9rance de vie \u00e0 la naissance s\u00e9pare les 5 % des Fran\u00e7ais qui disposent des plus hauts revenus des 5\u202f% qui ont les revenus les plus bas. \u00c0 ces in\u00e9galit\u00e9s de mortalit\u00e9 s\u2019ajoutent aussi des in\u00e9galit\u00e9s dans la qualit\u00e9 de vie, cons\u00e9quences de diverses incapacit\u00e9s. Un cadre sup\u00e9rieur de 35 ans a 47 ann\u00e9es d\u2019esp\u00e9rance de vie, et peut esp\u00e9rer en vivre 34 (73 %) sans aucune incapacit\u00e9 (difficult\u00e9s visuelles, auditives, de la marche ou des gestes de la vie quotidienne). Un ouvrier du m\u00eame \u00e2ge lui, vivra en moyenne 24\u202fans sans incapacit\u00e9, soit 60 % du temps qui lui reste \u00e0 vivre (41 ans). Il existe donc une \u00ab double peine \u00bb, portant sur la dur\u00e9e de vie, mais aussi sur les conditions de celle-ci.<\/p>\n<p>Ces disparit\u00e9s et in\u00e9galit\u00e9s, sociales et territoriales, sont \u00e9troitement li\u00e9es par plusieurs m\u00e9canismes. Il est n\u00e9cessaire de distinguer ce qui rel\u00e8ve d\u2019un effet proprement g\u00e9ographique, la sant\u00e9 des habitants d\u2019un territoire pouvant \u00eatre alt\u00e9r\u00e9e par un niveau \u00e9lev\u00e9 d\u2019expositions environnementales par exemple. Mais il peut s\u2019agir aussi d\u2019un effet de composition : le territoire appara\u00eet en mauvaise sant\u00e9 car les populations elles-m\u00eames sont pauvres, sans exposition environnementale particuli\u00e8re. Enfin, un grand nombre de travaux montrent que les groupes de population d\u00e9favoris\u00e9s sont plus sensibles que d\u2019autres \u00e0 des expositions environnementales (bruit, pollution de l\u2019air). \u00c0 niveau de pollution \u00e9gal, leur sant\u00e9 est donc plus alt\u00e9r\u00e9e.<\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<h3>Aller au-del\u00e0 de la seule question de l\u2019acc\u00e8s aux soins<\/h3>\n<p>Dans notre pays, la confusion est fr\u00e9quente entre sant\u00e9 et acc\u00e8s aux soins. Or ces derniers ne jouent pas un r\u00f4le central pour expliquer les diff\u00e9rences d\u2019\u00e9tat de sant\u00e9 entre territoires ou groupes de population.<\/p>\n<p>La pr\u00e9sence ou non d\u2019un m\u00e9decin g\u00e9n\u00e9raliste fa\u00e7onne profond\u00e9ment une g\u00e9ographie du mal-soigner, notamment dans les zones p\u00e9riurbaines ou rurales. Le lien entre la disponibilit\u00e9 de structures sanitaires et l\u2019acc\u00e8s aux soins des populations urbaines est cependant parfois plus complexe. Si les barri\u00e8res li\u00e9es au revenu ou \u00e0 la couverture sociale ont, de fa\u00e7on \u00e9vidente, des cons\u00e9quences en mati\u00e8re d\u2019in\u00e9galit\u00e9s d\u2019acc\u00e8s aux soins, le lien avec la r\u00e9partition g\u00e9ographique est plus ambivalent. \u00c0 Toulouse, dans certains secteurs, l\u2019acc\u00e8s aux soins, mesur\u00e9 par la pr\u00e9vention et la sant\u00e9 bucco-dentaire est faible, alors m\u00eame que l\u2019accessibilit\u00e9 des structures sanitaires est satisfaisante. Il serait donc erron\u00e9 de consid\u00e9rer que c\u2019est l\u2019unique source d\u2019in\u00e9galit\u00e9s. Le syst\u00e8me de soins, tel qu\u2019il fonctionne au quotidien, maintient et parfois amplifie les in\u00e9galit\u00e9s. De fa\u00e7on g\u00e9n\u00e9rale, les progr\u00e8s th\u00e9rapeutiques se diffusent plus rapidement dans les groupes sociaux favoris\u00e9s. Les soins pr\u00e9ventifs, comme les d\u00e9marches de d\u00e9pistage pr\u00e9coce, tendent aussi \u00e0 \u00eatre utilis\u00e9s de fa\u00e7on in\u00e9galitaire, m\u00eame quand il n\u2019existe pas de barri\u00e8re de co\u00fbt. Les obstacles qui expliquent ces difficult\u00e9s sont nombreux, parmi lesquels les repr\u00e9sentations de l\u2019image du corps ou des soins du corps, l\u2019existence d\u2019autres priorit\u00e9s et aussi les exp\u00e9riences pass\u00e9es avec le syst\u00e8me de sant\u00e9.<\/p>\n<p>Le rapport au territoire d\u00e9passe en outre le lieu de r\u00e9sidence, comme le r\u00e9v\u00e8le la question des d\u00e9placements. Les trajets domicile-travail sont en quelque sorte une extension de l\u2019espace et du territoire v\u00e9cu et per\u00e7u. Ces d\u00e9placements, dans leur fr\u00e9quence et leur distance, varient selon les cat\u00e9gories sociales et de genre. La r\u00e9flexion sur la mobilit\u00e9 dans une optique d\u2019acc\u00e8s aux soins est relativement r\u00e9cente et implique de ne pas raisonner en seule adresse de r\u00e9sidence. Les g\u00e9ographes montrent comment le visage de la ville change selon les heures. Des zones r\u00e9sidentielles relativement modestes deviennent, dans la journ\u00e9e, peupl\u00e9es majoritairement de cadres, tandis qu\u2019aux m\u00eames heures, d\u2019autres deviennent tr\u00e8s majoritairement f\u00e9minines et modestes. Les femmes demeurant dans des quartiers d\u00e9favoris\u00e9s et qui vont travailler dans d\u2019autres quartiers ont un meilleur acc\u00e8s aux soins que celles qui ne quittent pas leur quartier. Comment int\u00e9grer ces mobilit\u00e9s dans la question de l\u2019acc\u00e8s aux services sanitaires reste toutefois en d\u00e9bat.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h3>Quand gouverner les territoires revient \u00e0 pr\u00e9server et accro\u00eetre la sant\u00e9 de ses habitants\u2026<\/h3>\n<p>Au-del\u00e0, ne conviendrait-il pas de reconsid\u00e9rer non pas la sant\u00e9 mais ce et ceux qui la prot\u00e8gent ? Ce que ce num\u00e9ro de <em>Belvede\u042f<\/em> entend surtout montrer, c\u2019est en effet que le bilan de sant\u00e9 des habitants n\u2019interpelle pas que les professionnels de la sant\u00e9. En effet, tous les champs couverts par l\u2019urbanisme concernent la sant\u00e9, et pas seulement ceux relatifs aux \u00e9quipements sp\u00e9cifiques dans lesquels on les soigne, comme les h\u00f4pitaux ou les cabinets de m\u00e9decine, ou relatifs aux autres espaces d\u2019hygi\u00e8ne et de bien-\u00eatre comme les bains-douches, les espaces verts ou sportifs. L\u2019am\u00e9nagement des voies et des rues, l\u2019organisation des transports collectifs, l\u2019offre de loisirs ou d\u2019alimentation, mais aussi la question des infrastructures diverses comme l\u2019emplacement des centres commerciaux ou des cr\u00e8ches, tout cela peut jouer indirectement sur la sant\u00e9 des habitants. Les urbanistes peuvent d\u00e8s lors se pencher \u00e0 leur chevet, au m\u00eame titre que les m\u00e9decins.<\/p>\n<p>C\u2019est ainsi rouvrir la question, non seulement de ce que nous pouvons faire pour am\u00e9liorer les \u00e9tats de sant\u00e9, mais surtout de ce sur quoi nous pouvons avoir prise pour le faire. En 1838, un m\u00e9decin hygi\u00e9niste \u00e9cossais, Chadwick refusait de consid\u00e9rer la \u00ab faim \u00bb et son contexte comme une cause de mortalit\u00e9. Il pouvait s\u2019agir d\u2019une vision de la classification des causes d\u2019atteinte \u00e0 la sant\u00e9 : ne serait une cause m\u00e9dicale que ce qui serait non seulement associ\u00e9 \u00e0 la survenue du d\u00e9c\u00e8s, mais aussi ce sur quoi l\u2019acteur de sant\u00e9 pourrait agir en tant qu\u2019acteur de sant\u00e9. Il est difficile en effet d\u2019imaginer que les soignants puissent avoir une influence sur la pauvret\u00e9, les in\u00e9galit\u00e9s de salaire ou le niveau d\u2019\u00e9ducation.<\/p>\n<p>Nous n\u2019en sommes plus l\u00e0. La conception de la sant\u00e9 et de ce qui la construit ou l\u2019alt\u00e8re \u00e9largit aujourd\u2019hui, bien au-del\u00e0 des soignants, les possibilit\u00e9s d\u2019agir. Des m\u00e9canismes directs \u00e9vidents sont ceux qui impliquent les caract\u00e9ristiques physiques de la zone de r\u00e9sidence et autres espaces du quotidien (pollution de l\u2019air, trafic routier, bruit). L\u2019acc\u00e8s \u00e0 l\u2019eau, l\u2019alimentation, les expositions chimiques et physiques figurent dans cette approche ; la qualit\u00e9 de l\u2019air int\u00e9rieur en fait partie, puisque les espaces clos dans lesquels nous passons notre temps ne sont pas indemnes d\u2019une pollution int\u00e9rieure qui s\u2019ajoute \u00e0 la pollution ext\u00e9rieure. L\u2019environnement physique peut aussi faciliter certains comportements ayant une incidence sur la sant\u00e9. Il suffit de rappeler comment la diffusion du v\u00e9lo est li\u00e9e \u00e0 la pr\u00e9sence de pistes cyclables et d\u2019espaces s\u00fbrs pour les cyclistes. Les mobilit\u00e9s douces (marche et v\u00e9lo) renvoient non seulement \u00e0 des choix urbanistiques mais surtout \u00e0 des prophylaxies de plus en plus \u00e9videntes. La disponibilit\u00e9 et le prix des diff\u00e9rents aliments, la possibilit\u00e9 d\u2019exercer une activit\u00e9 physique selon la zone de r\u00e9sidence en sont d\u2019autres exemples. Tout cela renvoie \u00e0 des consid\u00e9rations (techniques, fonci\u00e8res, r\u00e9glementaires, de b\u00e2ti, etc.) qui sont bien l\u2019apanage de l\u2019urbaniste. D\u2019autant plus que ces conditions mat\u00e9rielles ou ces infrastructures ne sont pas les seules \u00e0 avoir des cons\u00e9quences sur la sant\u00e9. Les r\u00e9seaux sociaux de proximit\u00e9, le nombre de contacts amicaux, familiaux, professionnels ou de voisinage et le support social qu\u2019ils peuvent apporter illustrent ce double aspect mat\u00e9riel et psychosocial des conditions de vie cr\u00e9\u00e9es par le cadre de vie, puisque le soutien de ces r\u00e9seaux peut \u00eatre d\u2019ordre informationnel, \u00e9motionnel, affectif, mais aussi mat\u00e9riel ou financier. La litt\u00e9rature a montr\u00e9 depuis longtemps ces liens entre r\u00e9seau social et sant\u00e9. Le sentiment d\u2019exclusion ou de non-reconnaissance fait partie de ces v\u00e9cus qui impactent profond\u00e9ment la sant\u00e9, notamment psychique. C\u2019est d\u2019autant plus manifeste quand le vieillissement du corps s\u2019accompagne d\u2019un r\u00e9tr\u00e9cissement de l\u2019espace de vie et d\u2019une situation d\u2019isolement.<\/p>\n<p>L\u2019ensemble des exp\u00e9riences, sociales, psycho-logiques et biographiques entra\u00eene des r\u00e9actions biologiques, parfois durables. Ces exp\u00e9riences, dit-on, \u00ab p\u00e9n\u00e8trent sous la peau \u00bb et influencent le d\u00e9veloppement biologique humain \u2013 et ce plus fortement \u00e0 certaines p\u00e9riodes de la vie, notamment pendant les premi\u00e8res ann\u00e9es. Dans le cas o\u00f9 l\u2019environnement n\u2019est pas \u00ab favorable \u00bb, l\u2019adaptation \u00ab se paye\u202f\u00bb d\u2019une usure biologique voire d\u2019un vieillissement pr\u00e9matur\u00e9. L\u00e0 aussi, l\u2019urbanisme a un r\u00f4le capital \u00e0 jouer dans la pr\u00e9vention des situations pathog\u00e8nes li\u00e9es au vieillissement : un espace public plus inclusif et plus lisible permettrait ainsi d\u2019am\u00e9liorer la condition des personnes \u00e2g\u00e9es trop souvent cantonn\u00e9es \u00e0 leur seul logement par les dispositifs de maintien \u00e0 domicile.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h3>Des mondes s\u00e9par\u00e9s \u00e0 reconnecter<\/h3>\n<p>Mais si la production et la gestion de l\u2019espace urbain p\u00e8sent bien sur les \u00e9tats de sant\u00e9 de celles et ceux qui le peuplent, force est pourtant de constater une disjonction des communaut\u00e9s professionnelles qui se chargent de ces deux dimensions. Les mondes de l\u2019urbanisme et de la m\u00e9decine composent en effet un couple qui a connu des fortunes diverses. Des moments d\u2019alliance tout d\u2019abord depuis l\u2019hygi\u00e9nisme du XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, puisque ces deux communaut\u00e9s professionnelles ont su collaborer pour \u00e9laborer de nouvelles formes urbaines. Au nom de la sant\u00e9, les villes europ\u00e9ennes se sont ainsi tiss\u00e9es d\u2019\u00eelots ouverts, de parcs, de grandes perc\u00e9es urbaines, de r\u00e9seaux d\u2019adduction d\u2019eau et d\u2019\u00e9gouts et de cit\u00e9s-jardins.<\/p>\n<p>Or ce lien s\u2019est depuis d\u00e9fait, chaque communaut\u00e9 se coupant de l\u2019autre et se d\u00e9tachant m\u00eame de la soci\u00e9t\u00e9. C\u2019est surtout le cas du monde de la m\u00e9decine, historiquement clos sur lui-m\u00eame\u202f: spatialement avec les h\u00f4tels-Dieu devenus par la suite les h\u00f4pitaux tels que nous les connaissons aujourd\u2019hui\u202f; mais \u00e9galement socialement et symboliquement, les diverses professions li\u00e9es \u00e0 la sant\u00e9 ayant eu tendance \u00e0 se distinguer et \u00e0 se s\u00e9parer du reste de la soci\u00e9t\u00e9, d\u2019abord en raison de la d\u00e9tention de comp\u00e9tences tr\u00e8s pointues, attest\u00e9es par des dipl\u00f4mes s\u00e9lectifs. Mais surtout, ce monde s\u2019est quelque peu enferm\u00e9 dans un paradigme biom\u00e9dical, ignorant des d\u00e9terminations sociales ou culturelles : le patient y est d\u00e9socialis\u00e9, coup\u00e9 de ses appartenances sociales et ramen\u00e9 \u00e0 sa seule corpor\u00e9it\u00e9 et aux dysfonctionnements qui l\u2019affectent. Cette vision qui tourne le dos au social s\u2019adopte notamment durant la socialisation professionnelle des m\u00e9decins qui ignore largement les sciences sociales, tant dans les apports th\u00e9oriques que dans les stages pratiques o\u00f9 les comportements se reproduisent.<\/p>\n<p>Heureusement, des exp\u00e9riences sont \u00e9galement l\u00e0 pour nous rappeler que l\u2019urbanisme et la m\u00e9decine peuvent aussi collaborer, \u00e0 travers une approche int\u00e9gr\u00e9e de la sant\u00e9 dans les politiques locales. Les sociologues Jean-Charles Basson et Marina Honta parlent \u00e0 ce sujet de \u00ab biopolitique municipale \u00bb pour souligner que la ville est devenue un acteur clef du gouvernement de la vie qui, \u00e0 croire Michel Foucault, a \u00e9merg\u00e9 depuis le XVIII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle<strong><sup>\u202f<\/sup><\/strong><span id='easy-footnote-2' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/revue-belveder.org\/index.php\/construire-un-dialogue-entre-urbanisme-et-sante\/#easy-footnote-bottom-2' title='\u00a0Jean-Charles BASSON, Marina HONTA. \u00ab Se bien conduire dans une ville saine. La fabrication politique du gouvernement urbain de la sant\u00e9 de Toulouse \u00bb, &lt;em&gt;Terrains &amp;amp; travaux&lt;\/em&gt;, vol. 32, n\u00b01, p.\u202f129-153, 2018. '><sup>2<\/sup><\/a><\/span>. Dans certaines villes, les outils de planification urbaine (plans locaux d\u2019urbanisme, plans climat-air-\u00e9nergie territoriaux\u2026) s\u2019emparent v\u00e9ritablement de la question sanitaire, rendue ainsi op\u00e9rationnelle. Cela nous enseigne \u00e9galement que la sant\u00e9, con\u00e7ue comme la r\u00e9sultante d\u2019un grand nombre sinon de l\u2019ensemble des choix d\u2019urbanisme, ouvre des espaces de d\u00e9lib\u00e9ration et de collaboration avec la population. Dans ces espaces de v\u00e9ritable d\u00e9mocratie sanitaire, peuvent \u00eatre discut\u00e9s les choix qui mettent en balance des imp\u00e9ratifs divers et la sant\u00e9. Il ne s\u2019agit pourtant pas d\u2019aboutir \u00e0 un \u00ab imp\u00e9ratif sanitaire \u00bb dans lequel tout choix urbain serait prioritairement dict\u00e9 par cette consid\u00e9ration. De m\u00eame que dans sa vie quotidienne, chacun d\u2019entre nous est conduit \u00e0 faire des choix qui mettent en cause sa sant\u00e9, ce d\u00e9bat m\u00e9rite d\u2019\u00eatre ouvert dans la ville (faire du v\u00e9lo est b\u00e9n\u00e9fique pour la sant\u00e9, mais comporte aussi un certain risque, m\u00eame avec un casque\u202f; lutter contre les \u00eelots de chaleur urbaine en rev\u00e9g\u00e9talisant les surfaces peut aussi s\u2019accompagner d\u2019allergies\u2026).<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h3>En guise d\u2019ouverture : les \u00c9tudes d\u2019Impact sur la Sant\u00e9, une r\u00e9ponse possible d\u2019un \u00ab urbanisme sanitaire \u00bb<\/h3>\n<p>Dans des villes en cr\u00e9ation et recr\u00e9ation permanentes, l\u2019\u00e9valuation d\u2019impact en sant\u00e9 permet de poser la question de la sant\u00e9 tout en int\u00e9grant ces enjeux d\u2019ouverture. Il s\u2019agit d\u2019apporter une dimension sanitaire, en plus des enjeux et des outils propres \u00e0 l\u2019urbanisme, de r\u00e9fl\u00e9chir aux impacts sur les in\u00e9galit\u00e9s \u00e9ventuellement cr\u00e9\u00e9es et d\u2019en d\u00e9battre collectivement, au vu d\u2019informations fournies par les experts. Ce levier d\u2019action permet de placer la question sanitaire au tout d\u00e9but d\u2019une op\u00e9ration d\u2019urbanisme, au moment o\u00f9 les param\u00e8tres sont \u00e0 d\u00e9terminer et o\u00f9 les r\u00e9alisations ne sont pas encore irr\u00e9versibles.<\/p>\n<p>Le concept de \u00ab promotion de la sant\u00e9 \u00bb est propos\u00e9 comme une d\u00e9marche ayant pour but de donner aux individus davantage de ma\u00eetrise de leur propre sant\u00e9 et davantage de moyens de l\u2019am\u00e9liorer, l\u2019objectif \u00e9tant de r\u00e9duire les \u00e9carts actuels et de fournir \u00e0 tous les individus les moyens de r\u00e9aliser pleinement leur potentiel de sant\u00e9. Parmi les modalit\u00e9s d\u2019action, figurent le d\u00e9veloppement des politiques publiques favorables, la cr\u00e9ation d\u2019environnements favorables, le renforcement de l\u2019action collective ou encore la r\u00e9orientation des services de sant\u00e9. Tels sont les enjeux d\u2019un dialogue renouvel\u00e9 entre urbanisme et sant\u00e9.<a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\"><\/a><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La sant\u00e9 est particuli\u00e8rement entrem\u00eal\u00e9e \u00e0 la question urbaine. Depuis le Moyen \u00c2ge en effet, la ville peut se r\u00e9v\u00e9ler d\u00e9l\u00e9t\u00e8re, d\u2019autant plus particuli\u00e8rement qu\u2019elle s\u2019agrandit, concentrant les fonctions, les populations mais aussi les miasmes et les maladies. C\u2019est d\u2019ailleurs dans une grande ville, Londres en 1854, que se situe un \u00e9pisode pendant lequel la sant\u00e9 devient progressivement \u00ab\u202fpublique \u00bb. C\u2019est en effet par une enqu\u00eate v\u00e9rita-blement polici\u00e8re que John Snow identifie une pompe de distribution d\u2019eau comme source d\u2019une \u00e9pid\u00e9mie de chol\u00e9ra, et fonde par l\u00e0 m\u00eame l\u2019essor de l\u2019\u00e9pid\u00e9miologie.<\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":3238,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[37],"tags":[],"authors":[{"term_id":82,"user_id":0,"is_guest":1,"slug":"auat","display_name":"AUAT"}],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/revue-belveder.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3236"}],"collection":[{"href":"https:\/\/revue-belveder.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/revue-belveder.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revue-belveder.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revue-belveder.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=3236"}],"version-history":[{"count":5,"href":"https:\/\/revue-belveder.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3236\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":3402,"href":"https:\/\/revue-belveder.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3236\/revisions\/3402"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revue-belveder.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/3238"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/revue-belveder.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=3236"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/revue-belveder.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=3236"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/revue-belveder.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=3236"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}