{"id":3554,"date":"2020-09-21T09:13:50","date_gmt":"2020-09-21T07:13:50","guid":{"rendered":"https:\/\/revue-belveder.org\/?p=3554"},"modified":"2020-09-21T09:52:26","modified_gmt":"2020-09-21T07:52:26","slug":"entretien-avec-david-mangin","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/revue-belveder.org\/index.php\/entretien-avec-david-mangin\/","title":{"rendered":"Entretien avec David Mangin"},"content":{"rendered":"<p><strong>Vous avez d\u00e9velopp\u00e9 la notion de rez-de-ville qui consid\u00e8re \u00e0 la fois les rez-de-chauss\u00e9e d\u2019immeubles et les espaces ouverts sur lesquels ils donnent. Vous la qualifiez d\u2019\u00ab\u00a0angle mort\u00a0\u00bb de l\u2019am\u00e9nagement urbain. Pouvez-vous revenir sur cette notion\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>Cela fait un certain nombre d\u2019ann\u00e9es que la question des rez-de-chauss\u00e9e d\u2019immeubles pose des probl\u00e8mes de programmation, d\u2019am\u00e9nagement et de vacance. On le voit dans l&#8217;urbanisme de ZAC tout comme dans la crise des villes moyennes. Mais il ne faut pas circonscrire cette question aux pieds d\u2019immeubles ou \u00e0 l\u2019urbanisme op\u00e9rationnel des ZAC dans lesquelles on n\u2019arrive pas \u00e0 faire fonctionner les rues et \u00e0 remplir les rez-de-chauss\u00e9e. Il n&#8217;est pas non plus satisfaisant de penser qu\u2019il suffit de mettre plus de commerces. Donc, tout le monde tourne autour de la question, mais les r\u00e9ponses apport\u00e9es ne sont bien souvent pas \u00e0 l&#8217;\u00e9chelle du sujet.<\/p>\n<p>Je m\u2019int\u00e9resse depuis longtemps aux conditions de fabrication de la rue, de sa construction progressive. C\u2019est dans ce questionnement que s\u2019ins\u00e8re cette r\u00e9flexion sur les rez-de-ville. Il s\u2019agit tout d\u2019abord de penser un urbanisme d&#8217;itin\u00e9raires et non de p\u00e9rim\u00e8tres, c&#8217;est-\u00e0-dire de penser la quotidiennet\u00e9, celle des parcours de tous les jours\u00a0: d\u00e9poser ses enfants \u00e0 l&#8217;\u00e9cole, prendre le m\u00e9tro, s\u2019arr\u00eater pour faire des courses au retour\u2026 Ces parcours d\u00e9passent les p\u00e9rim\u00e8tres de l\u2019am\u00e9nagement ou les cercles d\u2019accessibilit\u00e9 des gares.<\/p>\n<p>Par ailleurs, la question de la rue, c\u2019est aussi celle de la profondeur des espaces publics et des \u00eelots. Faut-il faire des cours\u00a0? Faut-il qu\u2019elles rel\u00e8vent d\u2019une gestion publique ou priv\u00e9e\u00a0? Que vous soyez dans une rue anim\u00e9e ou r\u00e9sidentielle, il faut penser les choses avec plus de profondeur, \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de la limite public\/priv\u00e9. Il faut aussi sortir de l\u2019id\u00e9e re\u00e7ue que toutes les rues doivent \u00eatre anim\u00e9es et commer\u00e7antes. Il peut y avoir des rues r\u00e9sidentielles franchement assum\u00e9es avec des jardins comme interfaces avec les logements. Il peut aussi y avoir des locaux qui donnent \u00e0 la fois sur la rue et sur des jardins ou des cours. On sait tout \u00e0 fait faire des rez-de-chauss\u00e9e r\u00e9sidentiels habitables. Simplement, par paresse et pour des raisons d\u2019\u00e9conomie immobili\u00e8re, on ne fait pas ce qu\u2019il faut pour rendre les rez-de-chauss\u00e9e franchement habitables.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Comment avez-vous travaill\u00e9 cette notion de rez-de-ville, d\u2019urbanisme d\u2019itin\u00e9raires, de profondeur, pour la ZAC Toulouse-Aerospace\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>Sur ce projet, l\u2019id\u00e9e est justement de cr\u00e9er des itin\u00e9raires. Si nous avons gagn\u00e9 le concours, c\u2019est qu\u2019au-del\u00e0 de la Piste des G\u00e9ants orient\u00e9e nord-sud, nous avons fourni des plans avec des itin\u00e9raires est-ouest permettant de relier le quartier de Montaudran de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de la voie ferr\u00e9e et le campus de Rangueil en enjambant la rocade. Ensuite, la question des rez-de-ville s\u2019est pos\u00e9e \u00e0 double titre\u00a0: d\u2019une part pour les immeubles bordant la Piste des G\u00e9ants et, d\u2019autre part et de fa\u00e7on plus classique, pour le reste de la ZAC.<\/p>\n<p>Les immeubles qui donnent sur la Piste des G\u00e9ants sont principalement des bureaux avec des halls d\u2019acc\u00e8s. En lien avec la mont\u00e9e des questions s\u00e9curitaires, le traitement de ce type de rez-de-chauss\u00e9e devient de plus en plus complexe\u2026 ou de plus en plus simple puisqu\u2019il n\u2019y a plus qu\u2019un seul acc\u00e8s. Cela r\u00e9duit la porosit\u00e9 des immeubles. Nous avons dessin\u00e9 un syst\u00e8me de quinconces et de redans <a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\">[1]<\/a> permettant de faire des cours, des jardins, de traiter les entr\u00e9es d\u2019immeubles avec un recul suffisant par rapport \u00e0 la Piste des G\u00e9ants et d\u2019avoir un espace d\u2019accueil \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur. Une des discussions a \u00e9t\u00e9 de savoir si ces espaces devaient \u00eatre entretenus par le public ou le priv\u00e9. Nous essayons autant que possible qu\u2019ils soient accessibles et entretenus par le public.<\/p>\n<p>Un autre \u00e9l\u00e9ment \u00e0 avoir en t\u00eate pour les immeubles qui bordent la Piste des G\u00e9ants, c\u2019est que nous partons de z\u00e9ro. Nous essayons donc d\u2019en faire des adresses. Adresser est une des fonctions primordiales de la rue. Nous avons choisi de donner aux immeubles les noms de villes-\u00e9tapes de l\u2019A\u00e9ropostale.<\/p>\n<p>Sur les immeubles proprement de ZAC, la question du rez-de-ville porte notamment sur les parkings. C\u2019est aujourd\u2019hui une vraie question dans les ZAC. Les promoteurs ne souhaitent pas enterrer les parkings pour des raisons de co\u00fbts, sauf \u00e0 faire franchement des pilotis, et de notre c\u00f4t\u00e9 nous souhaitons r\u00e9duire leur occupation des rez-de-chauss\u00e9e. Cela nous pose des probl\u00e8mes de gestion des interfaces. Nous essayons de ne pas avoir enti\u00e8rement des rez-de-chauss\u00e9e de parkings dans une m\u00eame rue, mais aussi des commerces, des jardins. Ce n\u2019est pas toujours satisfaisant, nous essayons de faire \u00e9voluer les mentalit\u00e9s.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Dans le cadre du programme de recherche international sur les rez-de-ville que vous coordonnez, vous vous int\u00e9ressez \u00e0 ce qui se passe dans d\u2019autres villes du monde. Vous d\u00e9veloppez \u00e0 partir de ces exp\u00e9riences l\u2019id\u00e9e de \u00ab\u00a0formel\/informel, besoin des deux\u00a0\u00bb. Quelles sont les principales le\u00e7ons \u00e0 en retenir\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>Il y a beaucoup \u00e0 apprendre en observant les rues des grandes m\u00e9gapoles d\u2019Asie, d\u2019Afrique et d\u2019Am\u00e9rique du Sud. L\u2019informel est en r\u00e9alit\u00e9 tr\u00e8s r\u00e9gul\u00e9. Les choses sont n\u00e9goci\u00e9es, organis\u00e9es, impos\u00e9es\u2026 avec de l\u2019imagination pour r\u00e9gler les probl\u00e8mes car les places sur l\u2019espace public valent cher. Les choses se d\u00e9ploient, se rangent, s\u2019arrangent, se montent et se d\u00e9montent dans la rue. Il y a \u00e9norm\u00e9ment d\u2019observations \u00e0 faire.<\/p>\n<p>On y red\u00e9couvre aussi, par exemple, la vertu des march\u00e9s qui fonctionnent avec les commerces alentour et non de mani\u00e8re isol\u00e9e. Ils se d\u00e9ploient plusieurs fois par semaine et leur dispositif \u00e9volue au cours de la journ\u00e9e et des contraintes d\u2019ensoleillement.<\/p>\n<p>Il y a aussi une le\u00e7on \u00e0 retenir des formats de commerces en Asie. Ils peuvent \u00eatre tr\u00e8s petits et pour autant tr\u00e8s utiles, se d\u00e9ployer de fa\u00e7on tarabiscot\u00e9e voire sur plusieurs \u00e9tages. \u00c0 Paris aussi, des moyennes surfaces r\u00e9ussissent \u00e0 s\u2019installer dans des formats tout \u00e0 fait incroyables, parfois avec 5 m\u00e8tres d\u2019ouverture sur la rue et 50 m\u00e8tres de profondeur. Cela permet de fabriquer des rez-de-ville plus profonds avec des syst\u00e8mes de cours.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>La crise du Covid-19 a impact\u00e9 nos modes de vie dans la rue, dans la ville. En tirez-vous des premi\u00e8res le\u00e7ons\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>Le v\u00e9lo a gagn\u00e9 de la place sur la voiture. Si la crise peut donner un coup d\u2019acc\u00e9l\u00e9rateur de ce c\u00f4t\u00e9, tant mieux\u00a0! Il y a n\u00e9anmoins encore du chemin \u00e0 faire pour d\u00e9velopper du v\u00e9loroute sur des distances de 10\u00a0km. Il ne s\u2019agit pas uniquement de gagner de la place sur la voiture, en centre-ville, mais de cr\u00e9er des vrais itin\u00e9raires v\u00e9lo qui desservent les cit\u00e9s par exemple. On parle beaucoup de la place gagn\u00e9e par le v\u00e9lo rue de Rivoli\u00a0: c\u2019est tr\u00e8s bien, mais l\u2019\u00e9chelle du v\u00e9lo doit \u00eatre celle des agglom\u00e9rations.<\/p>\n<p>La crise nous a aussi rappel\u00e9 que les logements sont trop petits. Donnons plus d\u2019espace aux habitants dans les rez-de-ville en faisant des locaux de t\u00e9l\u00e9travail, des blanchisseries, des cours qui permettent de voisiner, des jardins avec des potagers&#8230; Cela nous sortirait de l\u2019impasse du commerce. C\u2019est une opportunit\u00e9 pour acc\u00e9l\u00e9rer la r\u00e9flexion et les exp\u00e9rimentations sur les rez-de-ville\u00a0!<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\">[1]<\/a> Disposition des immeubles alternativement le long d\u2019une voie et en retrait.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>David Mangin est architecte-urbaniste (Seura architectes), professeur \u00e9m\u00e9rite \u00e0 l\u2019\u00c9cole d\u2019architecture de la ville et des territoires de Paris-Est.\u00a0Grand prix de l\u2019urbanisme en 2008, militant de la \u00ab\u00a0ville passante\u00a0\u00bb, David Mangin est connu localement pour son projet d\u2019am\u00e9nagement de la ZAC Toulouse Aerospace. Dans le cadre de ses activit\u00e9s d\u2019enseignement et de recherche, il coordonne depuis quatre ans un programme de recherche international sur les rez-de-ville.<\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":3560,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[47],"tags":[13],"authors":[{"term_id":82,"user_id":0,"is_guest":1,"slug":"auat","display_name":"AUAT"}],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/revue-belveder.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3554"}],"collection":[{"href":"https:\/\/revue-belveder.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/revue-belveder.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revue-belveder.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revue-belveder.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=3554"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/revue-belveder.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3554\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":3561,"href":"https:\/\/revue-belveder.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3554\/revisions\/3561"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revue-belveder.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/3560"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/revue-belveder.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=3554"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/revue-belveder.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=3554"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/revue-belveder.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=3554"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}