{"id":3666,"date":"2021-04-08T10:00:56","date_gmt":"2021-04-08T08:00:56","guid":{"rendered":"https:\/\/revue-belveder.org\/?p=3666"},"modified":"2021-04-19T09:37:47","modified_gmt":"2021-04-19T07:37:47","slug":"grand-entretien-avec-xavier-marie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/revue-belveder.org\/index.php\/grand-entretien-avec-xavier-marie\/","title":{"rendered":"Grand entretien avec Xavier Mari\u00e9"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: left\"><strong>Ce num\u00e9ro de <em>Belveder<\/em> propose de s\u2019int\u00e9resser au projet par le prisme du sol. Ce prisme permet de penser l&#8217;inscription du projet dans son territoire, de faire le lien entre ce que l&#8217;on imagine pour l\u2019avenir et ce qui existe aujourd&#8217;hui, mais aussi ce qui pr\u00e9existait hier. Comment la prise en compte du sol, dans toutes ses dimensions, peut-elle nourrir la conception d\u2019un projet\u00a0? <\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: left\">Dans la conception d\u2019un am\u00e9nagement ou d\u2019une op\u00e9ration, il est n\u00e9cessaire de penser la continuit\u00e9 entre l\u2019existant et ce qui est projet\u00e9. Le sol est issu de la g\u00e9ographie mais aussi de l\u2019histoire d\u2019un territoire. Il garde la m\u00e9moire de ses usages humains qui l\u2019ont plus ou moins artificialis\u00e9. En \u00e9tudiant le sol avant de programmer ou de concevoir, l\u2019\u00e9lu, l\u2019urbaniste ou l\u2019am\u00e9nageur peuvent aujourd\u2019hui estimer si le projet \u00ab\u00a0fait sens\u00a0\u00bb avec l\u2019h\u00e9ritage des sols qui constituent leurs terrains. C\u2019est ainsi que l\u2019on peut produire des itin\u00e9raires de conception, de r\u00e9alisation et de ma\u00eetrise des co\u00fbts optimis\u00e9s en coh\u00e9rence.<\/p>\n<p style=\"text-align: left\"><em>De facto,<\/em> le sol occupe une place essentielle dans les projets puisque ses caract\u00e9ristiques g\u00e9otechniques, sa contamination \u00e9ventuelle ou encore ses fonctions de zone humide impactent le bilan d\u2019am\u00e9nagement. Trop souvent, chaque m\u00e9tier fonctionne en silo et prend en compte le sol par rapport \u00e0 son exigence fonctionnelle ou son propre parcours r\u00e9glementaire. Le sol, dans sa diversit\u00e9 et sa multifonctionnalit\u00e9, est encore aujourd\u2019hui rarement pris en compte par les d\u00e9cideurs, ce qui repr\u00e9sente un v\u00e9ritable manque, car seule une approche globale et transversale du sol peut garantir l\u2019\u00e9mergence de solutions et de projets territoriaux soutenables pour les g\u00e9n\u00e9rations futures.<\/p>\n<p style=\"text-align: left\">S\u2019ajoute \u00e0 cela des repr\u00e9sentations abstraites qui s\u2019appliquent au sol et qui sont le plus souvent dominantes sur le plan d\u00e9cisionnel\u00a0: leur valeur financi\u00e8re et les droits \u00e0 construire. La repr\u00e9sentation du sol ne correspond plus \u00e0 sa r\u00e9alit\u00e9 physique ou \u00e9cologique. Le sol devient \u00ab\u00a0la surface d\u2019un terrain\u00a0\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019il est r\u00e9duit aux deux dimensions de sa valeur marchande et des droits conf\u00e9r\u00e9s \u00e0 sa propri\u00e9t\u00e9. Or pour maintenir les fonctions naturelles du sol, ses capacit\u00e9s de transfert de l\u2019air et de l\u2019eau ou ses composantes biologiques, sa compr\u00e9hension doit rester tridimensionnelle. Enfin, il convient de prendre en compte une quatri\u00e8me dimension, celle du temps, c\u2019est-\u00e0-dire l\u2019histoire des usages que les humains ont eus du sol dans le pass\u00e9 et, bien entendu, ce en quoi consisteront leurs futurs usages. L&#8217;arch\u00e9ologie pr\u00e9ventive est \u00e0 ce titre importante. La prise en compte du sol dans toutes ses dimensions repr\u00e9sente donc une opportunit\u00e9 dans la conception d\u2019un projet de territoire ou d\u2019am\u00e9nagement mais, malheureusement, nous nous en sommes bien pass\u00e9s ces derni\u00e8res d\u00e9cennies, car nous pensions que sa ressource \u00e9tait infinie\u00a0!<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: left\"><strong>Comment expliquez-vous que la prise en compte du sol dans les projets se fasse encore \u00e0 bas bruit\u00a0? <\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: left\">La prise en compte du sol \u00e9merge, mais d&#8217;une mani\u00e8re encore assez th\u00e9orique. Aujourd&#8217;hui, on constate une prise de conscience par les \u00e9cologues, les citoyens, certains \u00e9lus locaux et le gouvernement. Le sol devient un point important des strat\u00e9gies \u00e9cologiques. On le voit par exemple avec la circulaire du 29 juillet 2019 relative \u00e0 l\u2019engagement de l\u2019\u00c9tat en faveur d\u2019une gestion \u00e9conome de l\u2019espace, qui a introduit le ZAN<a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\">[1]<\/a>.<\/p>\n<p style=\"text-align: left\">Ces enjeux sont apparus progressivement, d\u00e9cennie apr\u00e8s d\u00e9cennie, avec une acc\u00e9l\u00e9ration ces derni\u00e8res ann\u00e9es. Il s\u2019agit globalement d\u2019une prise de conscience soci\u00e9tale des limites du mod\u00e8le des Trente Glorieuses, marqu\u00e9 par une expansion \u00e9conomique \u00e0 marche soutenue, avec en corollaire une exploitation des ressources non soutenable pour les g\u00e9n\u00e9rations futures. Parler d\u2019artificialisation des sols aujourd\u2019hui, c\u2019est parler des effets de cette p\u00e9riode. Selon le rapport France Strat\u00e9gie du 24 juillet 2019, il y a une relation entre l&#8217;\u00e9talement urbain et la destruction de la biodiversit\u00e9 \u00e0 travers l\u2019artificialisation du sol.<\/p>\n<p style=\"text-align: left\">Cette prise de conscience va dans le bon sens. Mais la partie n&#8217;est pas gagn\u00e9e\u00a0! Il faut encore des efforts pour replacer le sol dans la globalit\u00e9 de sa relation \u00e0 l&#8217;homme \u00e0 travers l\u2019histoire et comprendre ainsi pleinement le contexte d\u2019un projet. Ce qui est assez paradoxal en fin de compte, c\u2019est que toutes les politiques urbaines ou de d\u00e9veloppement \u00e9conomique ont eu un impact \u00e9norme sur la ressource sol pendant des d\u00e9cennies et que, pour autant, ce d\u00e9bat ne s\u2019ouvre qu\u2019aujourd\u2019hui.<\/p>\n<div id=\"attachment_3886\" style=\"width: 710px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a  href=\"https:\/\/revue-belveder.org\/wp-content\/uploads\/2021\/04\/ref-pedologique-nat-1.png\" data-rel=\"lightbox-gallery-0\" data-rl_title=\"\" data-rl_caption=\"\" title=\"\"><img aria-describedby=\"caption-attachment-3886\" loading=\"lazy\" class=\"wp-image-3886 size-large\" src=\"https:\/\/revue-belveder.org\/wp-content\/uploads\/2021\/04\/ref-pedologique-nat-1-1024x496.png\" alt=\"\" width=\"700\" height=\"339\" srcset=\"https:\/\/revue-belveder.org\/wp-content\/uploads\/2021\/04\/ref-pedologique-nat-1-1024x496.png 1024w, https:\/\/revue-belveder.org\/wp-content\/uploads\/2021\/04\/ref-pedologique-nat-1-300x145.png 300w, https:\/\/revue-belveder.org\/wp-content\/uploads\/2021\/04\/ref-pedologique-nat-1-768x372.png 768w, https:\/\/revue-belveder.org\/wp-content\/uploads\/2021\/04\/ref-pedologique-nat-1-500x242.png 500w, https:\/\/revue-belveder.org\/wp-content\/uploads\/2021\/04\/ref-pedologique-nat-1.png 1558w\" sizes=\"(max-width: 700px) 100vw, 700px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-3886\" class=\"wp-caption-text\"><em>\u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0Carte au 1 : 250 000 du r\u00e9f\u00e9rentiel p\u00e9dologique national<\/em><\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: left\"><strong>Justement, est-ce que cette absence de mise en d\u00e9bat est le reflet d\u2019un manque de connaissances des sols dommageable \u00e0 la prise de d\u00e9cisions\u00a0? Quelles marges de progr\u00e8s avons-nous\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: left\">Il est important d\u2019avoir un niveau de connaissance des sols suffisant pour prendre des d\u00e9cisions \u00e0 chacune des \u00e9chelles territoriales et \u00e0 chacune des \u00e9tapes d\u2019un projet. La vision du sol par les diff\u00e9rents acteurs varie tout au long du processus et les repr\u00e9sentations sont insuffisamment partag\u00e9es. Pour autant, il est possible de consid\u00e9rer les sols dans leurs quatre dimensions, comme une valeur patrimoniale dont les \u00e9quilibres d\u2019usage doivent s\u2019op\u00e9rer entre l\u2019int\u00e9r\u00eat particulier du propri\u00e9taire et l\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral de la communaut\u00e9 citoyenne que garantissent nos \u00e9lus. Dans cette d\u00e9marche, toutes les affectations du sol sont \u00e0 consid\u00e9rer comme un potentiel, que les sols soient encore naturels, forestiers ou agricoles\u00a0; ou bien qu\u2019ils aient \u00e9t\u00e9 plus ou moins d\u00e9j\u00e0 b\u00e2tis et artificialis\u00e9s.<\/p>\n<p style=\"text-align: left\">Il s\u2019agit donc d\u2019accepter la r\u00e9alit\u00e9 des sols et leur degr\u00e9 d\u2019artificialisation, de les \u00e9valuer en les caract\u00e9risant \u00e0 l&#8217;\u00e9chelle des d\u00e9cisions \u00e0 prendre pour chaque acteur de la cha\u00eene de valeur, depuis la planification territoriale jusqu\u2019\u00e0 la r\u00e9alisation de l\u2019am\u00e9nagement op\u00e9rationnel, et ensuite pour le gestionnaire. Par exemple, les cartes au 1\u00a0:\u00a025\u00a0000 du r\u00e9f\u00e9rentiel p\u00e9dologique national peuvent suffire pour concevoir des SCoT<a href=\"#_ftn2\" name=\"_ftnref2\">[2]<\/a> ou des sch\u00e9mas directeurs r\u00e9gionaux. N\u00e9anmoins, quand on descend \u00e0 l\u2019\u00e9chelle de la gouvernance intercommunale, cela suppose de pr\u00e9ciser la variabilit\u00e9 tridimensionnelle des sols, en particulier l\u00e0 o\u00f9 il est question de mutation des espaces agricoles ou au contraire de renouvellement urbain. Les cartes au 1\u00a0:\u00a0250\u00a0000 sont une bonne base pour comprendre la distribution des sols naturels sur le territoire. Le probl\u00e8me est qu\u2019\u00e0 cette \u00e9chelle, la plupart du temps, les sols urbains ne sont pas du tout renseign\u00e9s. C&#8217;est-\u00e0-dire qu&#8217;ils apparaissent sous forme de taches blanches, comme de la <em>terra incognita<\/em>. Les acteurs ont besoin aujourd\u2019hui de cartes pr\u00e9cises des sols qui soient \u00e0 l&#8217;\u00e9chelle des sous-secteurs des OPA<a href=\"#_ftn3\" name=\"_ftnref3\">[3]<\/a> des PLUi<a href=\"#_ftn4\" name=\"_ftnref4\">[4]<\/a>. Il faut mettre l&#8217;effort de meilleure connaissance des sols dans les p\u00e9rim\u00e8tres \u00e0 enjeux.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: left\"><strong>Si nous savons quels sont les outils n\u00e9cessaires pour pallier le manque de connaissances des sols dans l\u2019objectif d\u2019\u00e9clairer la prise de d\u00e9cisions, quels sont les freins \u00e0 lever d\u00e8s lors\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: left\">Le principal probl\u00e8me, c&#8217;est le financement. Les freins, tout comme les leviers, sont \u00e0 chercher dans les choix d&#8217;affectation des investissements de l&#8217;\u00c9tat en faveur des collectivit\u00e9s pour limiter l\u2019\u00e9talement des villes sur les sols agricoles et op\u00e9rer le renouvellement urbain, c\u2019est-\u00e0-dire reconstruire la ville sur elle-m\u00eame. Nous avons besoin d\u2019investir dans la connaissance des sols, dans la compr\u00e9hension de la n\u00e9cessit\u00e9 de mod\u00e9rer les impacts de nos activit\u00e9s sur eux. Il s\u2019agit aussi de notre capacit\u00e9 \u00e0 nous attaquer au passif environnemental que nous ont l\u00e9gu\u00e9 les g\u00e9n\u00e9rations pr\u00e9c\u00e9dentes du fait de leur ignorance des cons\u00e9quences de l\u2019artificialisation des sols sur la sant\u00e9 des populations et sur la destruction des \u00e9cosyst\u00e8mes. De m\u00eame, la s\u00e9quence ERC<a href=\"#_ftn5\" name=\"_ftnref5\">[5]<\/a>, aujourd\u2019hui bien \u00e9tablie sur la biodiversit\u00e9, si elle a le m\u00e9rite d\u2019exister, n&#8217;est pas suffisamment efficiente parce que les politiques fonci\u00e8res ne sont pas coh\u00e9rentes avec les politiques environnementales. La connaissance n\u00e9cessaire sur les sols n\u2019est pas financ\u00e9e aujourd\u2019hui parce qu\u2019il n\u2019y a pas de recette g\u00e9n\u00e9r\u00e9e et que l\u2019on ne prend pas en compte l\u2019\u00e9vitement des co\u00fbts induits par leur artificialisation. On ne d\u00e9cidera d\u2019investir dans la connaissance des sols que lorsque l\u2019on aura la certitude de r\u00e9cup\u00e9rer, dans le bilan d\u2019am\u00e9nagement, l\u2019investissement initial consenti. Un certain nombre d\u2019am\u00e9nageurs pr\u00e9curseurs ont pourtant d\u00e9j\u00e0 compris que cet investissement est vertueux et s\u00e9curise leur bilan d\u2019am\u00e9nagement. Pour les collectivit\u00e9s territoriales, la r\u00e9sistance est aujourd\u2019hui plus forte car on ne sait pas encore mettre de v\u00e9ritables recettes en face de la connaissance des sols et que les \u00e9lus n\u2019y sont pas (encore\u00a0?) r\u00e9glementairement contraints. Il faut esp\u00e9rer que le ZAN soit un levier pour faire \u00e9voluer ce statu quo, mais une volont\u00e9 politique \u00e0 diff\u00e9rents niveaux compl\u00e9mentaires sera n\u00e9cessaire pour financer ces nouvelles pratiques de gestion et d\u2019am\u00e9nagement \u00e0 l\u2019\u00e9chelle locale\u00a0!<\/p>\n<p style=\"text-align: left\">En attente de la traduction r\u00e9glementaire du ZAN et de ses effets sur les pratiques des \u00e9lus et des professionnels, la loi et le plan biodiversit\u00e9 sont d\u00e9j\u00e0 l\u2019expression de la volont\u00e9 de prendre en compte davantage les sols. Mais surtout nous avons un atout majeur, op\u00e9rant et r\u00e9glementaire, pr\u00e9vu explicitement dans le code de l\u2019environnement <a href=\"#_ftn6\" name=\"_ftnref6\">[6]<\/a> o\u00f9 \u00ab\u00a0les terres, le sol\u00a0\u00bb sont explicitement mentionn\u00e9s comme devant imp\u00e9rativement faire l\u2019objet d\u2019un volet d\u2019une \u00e9tude d\u2019impact. Les outils l\u00e9gislatifs sont l\u00e0 et il faut donc d\u2019abord appliquer la loi correctement, et faire en sorte que le volet p\u00e9dologique de l\u2019\u00e9tude d\u2019impact soit nourri pour faire le point sur la diversit\u00e9 des sols naturels et l&#8217;\u00e9valuation de leur artificialisation. C\u2019est aussi \u00e0 ce niveau-l\u00e0 qu\u2019un investissement est n\u00e9cessaire pour engager des pratiques vertueuses via la s\u00e9quence ERC.<\/p>\n<p style=\"text-align: left\">Il faudrait donc accorder des dotations aux collectivit\u00e9s pour la compr\u00e9hension du patrimoine sol \u00e0 l\u2019\u00e9chelle locale et \u00e9valuer leur degr\u00e9 d\u2019artificialisation afin de r\u00e9aliser des cartes au 1\u00a0:\u00a05\u00a0000 ou au 1\u00a0:\u00a010\u00a0000 sur les secteurs \u00e0 enjeux. Il s\u2019agit de savoir mesurer les ph\u00e9nom\u00e8nes et d\u2019apporter des connaissances aux d\u00e9cideurs \u00e0 la juste \u00e9chelle.<\/p>\n<p style=\"text-align: left\">Un effort d\u2019investissement pourrait aussi \u00eatre consenti pour la cr\u00e9ation d\u2019observatoires des sols et de leur artificialisation. Le Cerema travaille d\u2019ailleurs actuellement \u00e0 un d\u00e9monstrateur faisant appel \u00e0 l\u2019intelligence artificielle pour la lecture de photos a\u00e9riennes, afin de qualifier pr\u00e9cis\u00e9ment les impacts du b\u00e2ti en mati\u00e8re d\u2019artificialisation des sols. La cr\u00e9ation de d\u00e9monstrateurs territoriaux pour la prise en compte des sols est une v\u00e9ritable fen\u00eatre d&#8217;innovation, notamment dans les contextes de territoires comprenant des friches urbaines.<\/p>\n<p style=\"text-align: left\">On a beaucoup investi sur la connaissance de la biodiversit\u00e9, de la trame verte, de la trame bleue. Il est aujourd\u2019hui n\u00e9cessaire de financer la connaissance de la trame brune (les sols) qui, de fait, g\u00e9n\u00e8re les trames vertes et bleues, mais aussi ce que l\u2019on appelle la trame grise (les sols artificialis\u00e9s). Cette connaissance doit \u00eatre tridimensionnelle et renseigner le degr\u00e9 d\u2019artificialisation des sols. Il y a devant nous une grande marge de progr\u00e8s \u00e0 partager\u00a0!<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: left\"><strong>Une fois les freins \u00e0 une meilleure connaissance des sols lev\u00e9s, comment la partager aupr\u00e8s des \u00e9lus\u00a0? Vous avez d\u2019ailleurs coutume de dire qu\u2019ils sont \u00ab\u00a0maires d\u2019une certaine quantit\u00e9 de sols\u00a0\u00bb. Comment transmettre ces connaissances au grand public aussi\u00a0? C\u2019est un travail de sensibilisation, d\u2019acculturation, d\u2019\u00e9ducation m\u00eame qui est devant nous.<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: left\">Oui bien s\u00fbr, il est regrettable que le sol ne soit pas suffisamment abord\u00e9 de fa\u00e7on p\u00e9dagogique dans les formations initiales, depuis l\u2019\u00e9cole \u00e9l\u00e9mentaire. Le sol et ses enjeux devraient \u00eatre enseign\u00e9s et compris par tous. Comment les sols se sont-ils form\u00e9s par l\u2019\u00e9volution des \u00e9cosyst\u00e8mes\u00a0? Qu\u2019est-ce qui les constitue et les caract\u00e9rise\u00a0? Pourquoi y a-t-il des vers de terre dedans\u00a0? L&#8217;ignorance est un frein important, il y a l\u00e0 un vrai sujet soci\u00e9tal strat\u00e9gique\u00a0!<\/p>\n<p style=\"text-align: left\">Il est important de donner aux jeunes des bases en mati\u00e8re de r\u00e9silience des \u00e9cosyst\u00e8mes afin d\u2019en faire des adultes sensibles \u00e0 ce sujet, que toutes les g\u00e9n\u00e9rations comprennent les cons\u00e9quences de l\u2019artificialisation des sols. Il faut aussi pallier une vision encore trop \u00ab\u00a0a\u00e9rienne\u00a0\u00bb, anthropocentr\u00e9e, de l\u2019\u00e9cologie. Par exemple, si je vous demande de vous identifier \u00e0 un arbre, vous allez facilement vous repr\u00e9senter son tronc, ses branches, mais plus difficilement ses racines. On imagine mal les racines des arbres dans le sol et que le sol soit vivant. Il y a des freins \u00e0 la repr\u00e9sentation qu\u2019il faut lever.<\/p>\n<p style=\"text-align: left\">Heureusement, la nouvelle g\u00e9n\u00e9ration s\u2019acculture \u00e0 ces sujets, \u00e0 l\u2019inverse de la g\u00e9n\u00e9ration pr\u00e9c\u00e9dente \u00e0 qui on a peu appris \u00e0 l&#8217;\u00e9cole en mati\u00e8re d\u2019\u00e9cologie, ni m\u00eame, et ce jusque dans les ann\u00e9es 1990, dans les \u00e9coles de paysage, d\u2019agronomie. D\u2019ailleurs, le mot \u00ab\u00a0biodiversit\u00e9<em>\u00a0\u00bb<\/em> n&#8217;existait quasiment pas \u00e0 l&#8217;\u00e9poque\u00a0!<\/p>\n<p style=\"text-align: left\">Au-del\u00e0 de l\u2019acculturation de tout un chacun \u00e0 ces questions, les \u00e9lus locaux sont probablement le meilleur public pour faire bouger les choses. Leurs d\u00e9cisions vont avoir un impact direct sur le sol et c\u2019est pourquoi je leur dis effectivement qu\u2019ils sont (aussi) \u00ab\u00a0maires d\u2019une certaine quantit\u00e9 de sols\u00a0\u00bb. Cela est d\u2019autant plus important que, dans l\u2019attente d\u2019une traduction r\u00e9glementaire du ZAN, les pr\u00e9fets ont re\u00e7u une circulaire interminist\u00e9rielle leur demandant de travailler avec les \u00e9lus en mati\u00e8re d\u2019artificialisation des sols. Pour les maires, les pr\u00e9sidents d\u2019intercommunalit\u00e9s et leurs \u00e9quipes, le ZAN peut susciter plus de questions que de r\u00e9ponses, avec un risque de rejet alors que l\u2019intention est vertueuse et qu\u2019une politique unique est n\u00e9cessaire en la mati\u00e8re aux diff\u00e9rentes \u00e9chelles territoriales. La priorit\u00e9 est donc d\u2019acculturer efficacement les \u00e9lus aux enjeux du sol et de fa\u00e7on politiquement neutre, dans le respect de leurs fonctions \u00e9lectives. Il s\u2019agira de leur montrer comment on peut cartographier et \u00e9valuer la diversit\u00e9 et les fonctions des sols de leur territoire pour \u00e9clairer leurs d\u00e9cisions et, si possible, contribuer \u00e0 limiter l\u2019artificialisation des sols. Cela prendra peut-\u00eatre encore quelques ann\u00e9es, mais nous y arriverons, ensemble\u00a0!<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: left\"><a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\">[1]<\/a> Z\u00e9ro artificialisation nette.<\/p>\n<p style=\"text-align: left\"><a href=\"#_ftnref2\" name=\"_ftn2\">[2]<\/a> Sch\u00e9ma de coh\u00e9rence territoriale.<\/p>\n<p style=\"text-align: left\"><a href=\"#_ftnref3\" name=\"_ftn3\">[3]<\/a> Orientation de programmation et d\u2019am\u00e9nagement.<\/p>\n<p style=\"text-align: left\"><a href=\"#_ftnref4\" name=\"_ftn4\">[4]<\/a> Plan local d\u2019urbanisme intercommunal.<\/p>\n<p style=\"text-align: left\"><a href=\"#_ftnref5\" name=\"_ftn5\">[5]<\/a> \u00c9viter-r\u00e9duire-compenser.<\/p>\n<p style=\"text-align: left\"><a href=\"#_ftnref6\" name=\"_ftn6\">[6]<\/a> Article R122-5, 4\u00b0: \u00ab\u00a0Une description des facteurs mentionn\u00e9s au III de l&#8217;article L. 122-1 susceptibles d&#8217;\u00eatre affect\u00e9s de mani\u00e8re notable par le projet\u00b0: la population, la sant\u00e9 humaine, la biodiversit\u00e9, les terres, le sol, l&#8217;eau, l&#8217;air, le climat, les biens mat\u00e9riels, le patrimoine culturel, y compris les aspects architecturaux et arch\u00e9ologiques, et le paysage.\u00a0\u00bb<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ing\u00e9nieur paysagiste, urbaniste et sp\u00e9cialiste des sols, Xavier Mari\u00e9 \u00e9tait en f\u00e9vrier 2020 l\u2019invit\u00e9 du rendez-vous annuel de l\u2019AUAT D\u00e9tours Prospectifs sur le th\u00e8me \u00ab Sous les pav\u00e9s, le sol ! \u00bb. Pour ce num\u00e9ro de Belveder imagin\u00e9 comme le prolongement de cet \u00e9v\u00e9nement, il propose de consid\u00e9rer \u00e0 leur juste valeur les liens qui unissent sol et projet.<\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":3668,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[50],"tags":[13,51],"authors":[{"term_id":82,"user_id":0,"is_guest":1,"slug":"auat","display_name":"AUAT"}],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/revue-belveder.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3666"}],"collection":[{"href":"https:\/\/revue-belveder.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/revue-belveder.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revue-belveder.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revue-belveder.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=3666"}],"version-history":[{"count":16,"href":"https:\/\/revue-belveder.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3666\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":3978,"href":"https:\/\/revue-belveder.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3666\/revisions\/3978"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revue-belveder.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/3668"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/revue-belveder.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=3666"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/revue-belveder.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=3666"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/revue-belveder.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=3666"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}