{"id":4037,"date":"2021-11-26T09:53:50","date_gmt":"2021-11-26T08:53:50","guid":{"rendered":"https:\/\/revue-belveder.org\/?p=4037"},"modified":"2021-11-26T10:27:32","modified_gmt":"2021-11-26T09:27:32","slug":"lart-et-la-culture-au-coeur-du-projet-urbain","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/revue-belveder.org\/index.php\/lart-et-la-culture-au-coeur-du-projet-urbain\/","title":{"rendered":"L\u2019art et la culture au coeur du projet urbain"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: left\">L\u2019ambition de nombreux projets de d\u00e9veloppement et d\u2019attractivit\u00e9 des territoires implique la dimension culturelle dans leur strat\u00e9gie politique. Pour cela, le dialogue entre les acteurs des politiques culturelles, artistiques et les responsables du projet urbain et de d\u00e9veloppement de la ville est indispensable. Ce dialogue se heurte cependant \u00e0 la complexit\u00e9 des enjeux, \u00e0 l\u2019autonomie de chacun, \u00e0 la difficult\u00e9 de cr\u00e9er du commun dans l\u2019\u00e9cart des visions et pratiques professionnelles pour le \u00ab r\u00eave d\u2019une ville \u00bb <a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\">[1]<\/a>. Comment ce dialogue peut-il \u00eatre cr\u00e9atif et critique \u00e0 partir des contradictions, des tensions qu\u2019il r\u00e9v\u00e8le ? Comment ne pas \u00eatre enferm\u00e9s dans les concepts du marketing territorial qui font flor\u00e8s de ville en ville : ville cr\u00e9ative, intelligente, durable, smart city, ville du quart d\u2019heure\u2026 Comment prendre en compte ces diff\u00e9rentes dimensions, impliquer \u2013 sans instrumentaliser \u2013 l\u2019imaginaire des artistes dans le d\u00e9veloppement d\u2019une \u00ab ville sensible \u00bb ?<\/p>\n<h3 style=\"text-align: left\">L\u2019art et la culture hors les murs \u00e0 La Rochelle et Blois<\/h3>\n<p style=\"text-align: left\">Est-il si lointain le temps de mes premi\u00e8res activit\u00e9s professionnelles o\u00f9 la d\u00e9centralisation et la d\u00e9mocratisation culturelle passaient par le d\u00e9veloppement de lieux institutionnels reconnus par le minist\u00e8re de la Culture ? La rencontre avec les am\u00e9nageurs de la ville s\u2019exprimait beaucoup plus dans les \u00e9changes avec l\u2019architecte, le sc\u00e9nographe. L\u2019important se trouvait dans le geste architectural dans le centre-ville et la capacit\u00e9 du lieu \u00e0 accueillir les diff\u00e9rentes disciplines artistiques, \u00e0 offrir de bonnes conditions de confort et de visibilit\u00e9 aux publics.<\/p>\n<p style=\"text-align: left\">Ce sont mes souvenir de la construction de la Maison de la culture de La Rochelle. Mais nous \u00e9prouvions d\u00e9j\u00e0 le besoin de sortir des murs, du cadre de la sc\u00e8ne du th\u00e9\u00e2tre, pour nous int\u00e9resser \u00e0 celle du centre-ville. Les projets s\u2019ouvraient sur la ville, ses quartiers avec des concerts sur les quais et des arts plastiques dans une rue du centre-ville que la municipalit\u00e9 voulait pi\u00e9tonne (au grand d\u00e9pit des commer\u00e7ants !). Il s\u2019amor\u00e7ait l\u00e0 la mutation de la ville en lieu touristique, du port de p\u00eache en port de plaisance, le renforcement de l\u2019activit\u00e9 culturelle par la multiplication des festivals, de l\u2019\u00e9v\u00e9nementiel\u2026 Ce regard r\u00e9trospectif souligne pour moi le lien, les interf\u00e9rences, conscientes ou non, entre projet urbain et projet culturel, au risque de la confusion entre les projets politiques du tourisme et de la culture.<\/p>\n<p style=\"text-align: left\">Ma rencontre \u00e0 Blois avec l\u2019architecte Patrick Bouchain, alors responsable de l\u2019atelier d\u2019urbanisme de la ville, fut d\u00e9terminante. Elle imposait ce dialogue et ce regard n\u00e9cessaires des artistes sur l\u2019\u00e9volution de la ville. L\u2019investissement des friches croisait le regard de collectifs et d\u00e9montrait la volont\u00e9 d\u2019abattre des fronti\u00e8res et des hi\u00e9rarchies disciplinaires. De m\u00eame, les \u00e9changes avec le sp\u00e9cialiste de l\u2019histoire et de l\u2019am\u00e9nagement des jardins Jean-Pierre Picheat pour la cr\u00e9ation du Festival International des Jardins de Chaumont-sur-Loire, furent autant d\u2019\u00e9tapes pour interroger la place des artistes dans la fabrique du paysage et de l\u2019environnement.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: left\">L\u2019\u00eele de Nantes, espace de structuration de la politique culturelle de la ville<\/h3>\n<p style=\"text-align: left\">Mon exp\u00e9rience la plus forte s\u2019est d\u00e9roul\u00e9e \u00e0 Nantes pendant quinze ans : de la r\u00e9habilitation de l\u2019usine LU en lieu de production culturelle, au m\u00e9morial de l\u2019esclavage, \u00e0 l\u2019\u00eele de Nantes\u2026 chacun de ces projets culturels et d\u2019am\u00e9nagement urbain a soulev\u00e9 des d\u00e9bats internes, des rapports de force. Qui se souvient des tensions autour de LU ? Fallait-il raser l\u2019usine et poursuivre une offre de bureaux proches de la gare, construire un grand mus\u00e9e d\u2019Art contemporain ou sur la traite n\u00e9gri\u00e8re, proposer un th\u00e9\u00e2tre embl\u00e9matique avec un geste architectural attractif ? L\u2019occupation du site par la compagnie Royal de Luxe ou encore l\u2019organisation du Festival des Allum\u00e9es allaient proposer une autre forme d\u2019usage de la friche. Am\u00e9nagement souple, modulable, transparent, gardant les traces et la m\u00e9moire du site, ce que Patrick Bouchain a compl\u00e8tement int\u00e9gr\u00e9 dans sa r\u00e9habilitation. Nous pourrions aujourd\u2019hui nous r\u00e9interroger sur son r\u00e9am\u00e9nagement en tenant compte de nouveaux usages.<\/p>\n<p style=\"text-align: left\">Notre politique culturelle voulait d\u00e9velopper les diff\u00e9rentes fili\u00e8res artistiques et culturelles (\u00e9ducation, formation sup\u00e9rieure, production, cr\u00e9ation et diffusion). Elle allait trouver sur l\u2019\u00eele de Nantes l\u2019espace de sa structuration, adapt\u00e9 aux fonctions de chaque maillon (public\/priv\u00e9) des fili\u00e8res : favoriser la cr\u00e9ation de clusters, r\u00e9pondre aux besoins de collectifs, d\u2019un \u00ab quartier de la cr\u00e9ation \u00bb\u2026 Cela n\u00e9cessitait un dialogue, une complicit\u00e9 avec l\u2019am\u00e9nageur. En t\u00e9moignent les conceptions de Laurent Th\u00e9ry, alors directeur de la Samoa (Soci\u00e9t\u00e9 d\u2019am\u00e9nagement de la m\u00e9tropole Ouest Atlantique) et d\u2019Alexandre Chemetoff, urbaniste en chef de l\u2019\u00eele de Nantes, pour pr\u00e9server la m\u00e9moire et les traces de l\u2019histoire du site, am\u00e9nager les friches selon un plan guide modulable tenant compte des opportunit\u00e9s, du rythme des projets et des exp\u00e9rimentations artistiques dans les ieux. Cela n\u2019aurait pas \u00e9t\u00e9 possible sans une complicit\u00e9, une amiti\u00e9 construite dans nos rencontres informelles du lundi soir, les \u00e9changes libres o\u00f9 les diff\u00e9rences d\u2019analyses et les tensions devenaient source de travail en commun et pr\u00e9paraient les commissions techniques, la consultation des \u00e9lus. La difficult\u00e9 r\u00e9sidait plus dans les blocages de l\u2019administration, ses normes, ses habitudes\u2026 Le politique acceptait cette part du risque, de l\u2019exp\u00e9rimentation. Je n\u2019oublie pas l\u2019importance des journ\u00e9es de travail de groupe avec le maire dans d\u2019autres villes d\u2019Europe et \u00e0 l\u2019international sur ce lien entre projet urbain et culturel dans le d\u00e9veloppement des villes, pour prendre parfois le contre-pied, mais toujours pour s\u2019enrichir d\u2019autres pratiques \u00e9loign\u00e9es de nos contingences et habitudes. Tous ces projets ont contribu\u00e9 \u00e0 un r\u00e9cit, une repr\u00e9sentation de la ville.<\/p>\n<p style=\"text-align: left\">Il est souvent \u00e9voqu\u00e9 cette expression de Julien Gracq dans La Forme d\u2019une ville : \u00ab Il n\u2019y a pas de ville sans une repr\u00e9sentation mentale de la ville [\u2026]. [Cette ville] je l\u2019ai remodel\u00e9e selon le contenu de mes r\u00eaveries intimes, je lui ai pr\u00eat\u00e9 chair et vie selon la loi du d\u00e9sir plut\u00f4t que selon celle de l\u2019objectivit\u00e9. \u00bb L\u2019enjeu est bien de construire une ville sensible, o\u00f9 s\u2019expriment l\u2019imaginaire, la \u00ab po\u00e9tique de la ville \u00bb <a href=\"#_ftn2\" name=\"_ftnref2\">[2]<\/a>, le foisonnement de la cr\u00e9ation, o\u00f9 s\u2019entrecroisent, s\u2019entretissent les diff\u00e9rentes politiques publiques\/priv\u00e9es. C\u2019est par les relations entre politiques qu\u2019une ville se transforme, c\u2019est parce que la ville projette un autre d\u00e9sir de devenir que les institutions doivent \u00e9voluer dans leur relation et vision globales du territoire.<\/p>\n<p style=\"text-align: left\">\u00ab Des villes font r\u00eaver parce qu\u2019elles portent une promesse d\u2019intensit\u00e9 relationnelle, culturelle, \u00e9motionnelle \u00bb <a href=\"#_ftn3\" name=\"_ftnref3\">[3]<\/a>, promesse qui trouble l\u2019usage quotidien de la ville et r\u00e9introduit l\u2019individu dans sa subjectivit\u00e9. Avec Walter Santagata, \u00e9conomiste italien, nous discutions de l\u2019atmosph\u00e8re, de l\u2019ambiance cr\u00e9\u00e9e dans l\u2019\u00eele de Nantes, dans la ville, mais aussi du risque d\u2019une gentrification, d\u2019un entre-soi, d\u2019une nouvelle fragmentation de la ville, de ces imaginaires cloisonn\u00e9s \u00e0 l\u2019identit\u00e9 d\u2019un quartier : quartier high tech, quartier des grandes surfaces, centre-ville historique, quartier social, quartier pavillonnaire\u2026 J\u2019aurais souhait\u00e9 que le projet de l\u2019\u00eele de Nantes d\u00e9veloppe un rhizome \u00e0 l\u2019\u00e9chelle de la m\u00e9tropole, dans les quartiers, qu\u2019il permette d\u2019am\u00e9nager des espaces de pratiques, de cr\u00e9ation dans ces quartiers, avec et pour les jeunes, des sites reli\u00e9s aux lieux de formation sup\u00e9rieure et de diffusion situ\u00e9s sur l\u2019\u00eele. Pour favoriser aussi la circulation des pratiquants, des populations entre les quartiers et avec le centre historique. Au fil des ans, le secteur culturel a trouv\u00e9 des lieux \u00e0 am\u00e9nager. Ces lieux furent rapidement propos\u00e9s \u00e0 des \u00e9quipes artistiques \u00e0 la recherche d\u2019espaces. Bien s\u00fbr en contrepartie d\u2019un travail de m\u00e9diation sur le quartier ! Mais cela ne permettait pas de d\u00e9velopper une strat\u00e9gie de formation, de pratiques, de cr\u00e9ation dans tous les quartiers, de les relier entre eux sans verticalit\u00e9, de penser le territoire en archipels, en r\u00e9seaux.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: left\">Villeurbanne, Capitale fran\u00e7aise de la culture 2022, une politique culturelle avec et pour les jeunes<\/h3>\n<p style=\"text-align: left\">C\u2019est \u00e0 cause de cet inachev\u00e9 que la proposition d\u2019accompagnement de la labellisation de Villeurbanne comme Capitale fran\u00e7aise de la culture 2022 m\u2019a passionn\u00e9. Il s\u2019agit de cr\u00e9er et de d\u00e9velopper \u00e0 l\u2019\u00e9chelle de la ville une politique en direction de la jeunesse et avec elle, regroupant toutes les forces culturelles institutionnelles, les festivals, les artistes. Cela se traduit par exemple par l\u2019am\u00e9nagement, dans les vingt-six \u00e9coles maternelles et \u00e9l\u00e9mentaires, de lieux p\u00e9rennes pour accueillir des artistes en r\u00e9sidence et en cr\u00e9ation sur un temps long. Dans chaque lieu est pr\u00e9sent un m\u00e9diateur faisant du lien entre les structures culturelles, les enseignants, les enfants et leurs familles. Des manifestations culturelles sont programm\u00e9es dans chaque quartier, organis\u00e9es avec les jeunes des quartiers et des \u00e9quipes professionnelles. Au total, plus de six cents \u00e9v\u00e9nements avec une forte exigence artistique seront propos\u00e9s l\u2019an prochain.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: left\">La cr\u00e9ation de r\u00e9cits et d\u2019imaginaires dans le cadre de la r\u00e9habilitation du quartier Bellevue \u00e0 Nantes-Saint-Herblain<\/h3>\n<p style=\"text-align: left\">Je pourrais \u00e9voquer la naissance du projet Estuaire, devenu Voyage \u00e0 Nantes, comme r\u00e9ponse artistique \u00e0 la volont\u00e9 politique de renforcer l\u2019axe Nantes-Saint-Nazaire, afin que les habitants et les touristes s\u2019approprient cet espace entre les deux villes, d\u00e9couvrent cette relation \u00e0 la Loire, \u00e0 la ville. Ces regards et interpr\u00e9tations de la ville, de lieux, de monuments par les artistes n\u00e9cessitent un travail important avec les diff\u00e9rents services, qu\u2019il s\u2019agisse de l\u2019am\u00e9nagement du patrimoine ou des espaces verts.<\/p>\n<p style=\"text-align: left\">Mais je voudrais porter l\u2019attention sur le projet de r\u00e9habilitation du quartier dit \u00ab prioritaire \u00bb de Bellevue impliquant deux villes de la m\u00e9tropole, Nantes et Saint-Herblain. L\u2019am\u00e9nagement de ce quartier populaire, tr\u00e8s jeune, est pr\u00e9vu sur une dizaine d\u2019ann\u00e9es pour un budget de 306 millions d\u2019euros. La compagnie Royal de Luxe, en accord avec les villes, va accompagner cette transformation pendant cinq ans par des interventions r\u00e9guli\u00e8res tous les trimestres.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<div id=\"attachment_4038\" style=\"width: 358px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img aria-describedby=\"caption-attachment-4038\" loading=\"lazy\" class=\"wp-image-4038\" src=\"https:\/\/revue-belveder.org\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/Cin\u00e9mascope-credit-V.-Joncheray-Royal-de-luxe2-209x300.jpg\" alt=\"\" width=\"348\" height=\"500\" srcset=\"https:\/\/revue-belveder.org\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/Cin\u00e9mascope-credit-V.-Joncheray-Royal-de-luxe2-209x300.jpg 209w, https:\/\/revue-belveder.org\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/Cin\u00e9mascope-credit-V.-Joncheray-Royal-de-luxe2-768x1105.jpg 768w, https:\/\/revue-belveder.org\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/Cin\u00e9mascope-credit-V.-Joncheray-Royal-de-luxe2-712x1024.jpg 712w, https:\/\/revue-belveder.org\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/Cin\u00e9mascope-credit-V.-Joncheray-Royal-de-luxe2-500x719.jpg 500w\" sizes=\"(max-width: 348px) 100vw, 348px\" \/><p id=\"caption-attachment-4038\" class=\"wp-caption-text\">Cin\u00e9mascope, installation de la compagnie Royal de Luxe \u00e0 Nantes \u00a9 V. Joncheray &#8211; Royal de Luxe<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: left\">L\u2019enjeu, au-del\u00e0 de la modification du quartier, de la suppression de barres d\u2019immeubles, de la valorisation des espaces publics, de la cr\u00e9ation de nouveaux cheminements et de commerces\u2026 est de cr\u00e9er de nouveaux r\u00eaves, des imaginaires dans le quartier, une fiert\u00e9 d\u2019appartenance au quartier en mutation. Habituer le quartier \u00e0 devenir un des polycentres de la m\u00e9tropole, attirant les habitants des autres quartiers par son dynamisme, sa cr\u00e9ativit\u00e9. Le travail avec les \u00e9coles (les enfants du primaire seront des adolescents \u00e0 la fin de la r\u00e9habilitation), les projets spectaculaires contribueront-ils \u00e0 inscrire de nouveaux imaginaires, r\u00e9cits, dynamiques sur le quartier ? \u00e0 cr\u00e9er du lien social entre les diff\u00e9rentes communaut\u00e9s ? La compagnie Royal de Luxe est connue de la plupart des habitants qui ont suivi depuis 1990 le r\u00e9cit des G\u00e9ants dans le centre-ville. Beaucoup connaissent leurs cr\u00e9ations \u00e0 travers le monde. Leur pr\u00e9sence sur le quartier est un \u00e9tonnement, comme ces com\u00e9diens qui, pendant une semaine, vivent dans ce logement d\u2019une barre d\u2019immeubles pr\u00e9vue \u00e0 la d\u00e9molition et qu\u2019un arbre traverse. Pourront-ils encore transporter leurs racines ? Ces images suscitent des d\u00e9bats entre les habitants, tristes de quitter leur immeuble, de perdre une m\u00e9moire, leurs voisins, pour trouver peut-\u00eatre de meilleures conditions de logement, dans un quartier repens\u00e9. Les \u00e9changes entre le metteur en sc\u00e8ne Jean-Luc Courcoult et les architectes de l\u2019agence Devillers sont tellement riches sur les intentions, les questionnements, les r\u00e9actions des habitants, sur l\u2019\u00e9volution du projet, les nouveaux usages ! Les habitants ne retiendront-ils que les perturbations de leur quotidien pendant les travaux, percevront-ils un autre quartier en devenir ? Il faudrait analyser, commenter mille anecdotes, \u00e9v\u00e9nements, r\u00e9actions parfois inattendues, pour d\u00e9crire la force de cette d\u00e9marche, pour produire du commun avec les habitants. Ce pari est suivi par des \u00e9quipes de l\u2019universit\u00e9, des professionnels de l\u2019am\u00e9nagement urbain, de la culture, du social, pour en faire un jour le r\u00e9cit. Il se profile l\u00e0 une autre perception politique du quartier dit \u00ab p\u00e9riph\u00e9rique \u00bb par rapport au centre-ville historique. Deviendra-t-il un nouveau centre \u00e0 l\u2019\u00e9chelle de la m\u00e9tropole, sans subir une gentrification excessive, repoussant ses habitants \u00e0 de nouvelles marges ? Ces enfants d\u2019aujourd\u2019hui seront-ils int\u00e9gr\u00e9s et acteurs de la dynamique de ce territoire ? Quelle sera la trace du projet urbain et artistique ? Les diff\u00e9rences de temporalit\u00e9, de prises de d\u00e9cisions, de blocages bureaucratiques, techniques, amplifi\u00e9es par les contraintes du Covid seront finalement autant de th\u00e8mes de r\u00e9flexions pour la pratique de deux m\u00e9tiers de passion, de cr\u00e9ation, pour une population et un territoire.<\/p>\n<p style=\"text-align: left\"><a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\">[1]<\/a> <em>Le R\u00eave d\u2019une ville : Nantes et le surr\u00e9alisme, <\/em>mus\u00e9e des Beaux-Arts de Nantes, biblioth\u00e8que municipale de Nantes, 17 d\u00e9cembre 1994-2 avril 1995.<\/p>\n<p style=\"text-align: left\"><a href=\"#_ftnref2\" name=\"_ftn2\">[2]<\/a> BAILLY \u00c9. (dir.), <em>Oser la ville sensible, <\/em>Cosmografia, 2018.<\/p>\n<p style=\"text-align: left\"><a href=\"#_ftnref3\" name=\"_ftn3\">[3]<\/a> GUILLAUDEUX V., <em>in <\/em>CHAPUIS J.-Y., <em>Profession urbaniste, <\/em>\u00c9ditions de l\u2019Aube, 2015.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Jean-Louis Bonnin a particip\u00e9 au d\u00e9veloppement de politiques et de lieux culturels dans plusieurs villes : il a ainsi \u00e9t\u00e9 directeur de la culture de Nantes et de Blois, responsable de l\u2019action culturelle de la Maison de la culture de La Rochelle, directeur de la Sc\u00e8ne Nationale d\u2019Albi, pr\u00e9sident du Centre National des Arts de la Rue de Niort-La Rochelle, de l\u2019ensemble Ars Nova et de l\u2019Observatoire des politiques culturelles. Il est actuellement secr\u00e9taire de la compagnie Royal de Luxe. Fort de ces exp\u00e9riences, il nous livre ici son regard r\u00e9trospectif sur l\u2019\u00e9volution des liens entre projet urbain et culturel.<\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":4038,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[56],"tags":[],"authors":[{"term_id":63,"user_id":0,"is_guest":1,"slug":"jean-louis-bonnin","display_name":"Jean-Louis BONNIN"}],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/revue-belveder.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4037"}],"collection":[{"href":"https:\/\/revue-belveder.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/revue-belveder.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revue-belveder.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revue-belveder.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=4037"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/revue-belveder.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4037\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":4147,"href":"https:\/\/revue-belveder.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4037\/revisions\/4147"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revue-belveder.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/4038"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/revue-belveder.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=4037"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/revue-belveder.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=4037"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/revue-belveder.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=4037"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}