{"id":4081,"date":"2021-11-26T10:00:49","date_gmt":"2021-11-26T09:00:49","guid":{"rendered":"https:\/\/revue-belveder.org\/?p=4081"},"modified":"2021-11-26T10:28:59","modified_gmt":"2021-11-26T09:28:59","slug":"entretien-avec-randa-maroufi","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/revue-belveder.org\/index.php\/entretien-avec-randa-maroufi\/","title":{"rendered":"Entretien avec Randa Maroufi"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: left\"><strong>La ville, l\u2019urbain, l\u2019espace public semblent tenir une place importante dans votre travail. Quel regard portez-vous sur ces espaces ? Pourquoi cette place singuli\u00e8re dans vos projets, comment cela vous inspire ?<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: left\">Ma d\u00e9marche s\u2019inspire de pr\u00e9occupations d\u2019ordre social, soci\u00e9tal et politique. Mes propositions artistiques examinent le territoire, elles interrogent ses limites et les mani\u00e8res que les \u00eatres humains ont de l\u2019investir. Je tente de mener une r\u00e9flexion approfondie sur les formes d\u2019appropriation des espaces politiques. Je choisis de montrer ce que ces espaces, r\u00e9els ou symboliques, produisent sur les corps. Chaque projet est li\u00e9 \u00e0 un territoire, mais aussi transposable \u00e0 d\u2019autres. Mes propositions sont le fruit d\u2019une rencontre : rencontre avec un lieu (souvent, celui-ci devient d\u00e9cor), rencontre avec des individus (qui en deviennent protagonistes). Ce croisement est primordial et pr\u00e9cieux pour cr\u00e9er des fictions qui questionnent le r\u00e9el. Ces fictions se d\u00e9roulent dans un espace : soit dans un lieu qui existe, soit dans un lieu que les personnes rencontr\u00e9es et moi-m\u00eame fabriquons ensemble. La densit\u00e9 de la foule me rassure, la ligne 13 du m\u00e9tro parisien pendant les heures de pointe est une forme de qui\u00e9tude. Ce rassemblement, ce mouvement, cette saturation, cet entassement de corps, de voix, de pens\u00e9es \u00e9voquent une force. C\u2019est ce qui forme cet espace commun qui conditionne notre comportement et notre rapport \u00e0 l\u2019autre. L\u2019espace public reste l\u2019espace de sociabilit\u00e9 et de solidarit\u00e9 populaire o\u00f9 les discours et les usages sont multiples. Le lien social y na\u00eet. C\u2019est tout ce qui anime et alimente mon travail. C\u2019est mon atelier.<\/p>\n<p style=\"text-align: left\"><em>\u00a0<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: left\"><strong>Nous nous int\u00e9ressons dans ce num\u00e9ro \u00e0 la capacit\u00e9 qu\u2019ont certaines d\u00e9marches artistiques \u00e0 interroger nos m\u00e9tiers, \u00e0 susciter le d\u00e9bat, en nous proposant un regard autre sur la ville. Votre s\u00e9rie de photographies <\/strong><em>Les Intruses <\/em><strong>fait n\u00e9cessairement r\u00e9agir les \u00e9lus, architectes, urbanistes, g\u00e9ographes, sociologues qui nous lisent\u2026 C\u2019est une bonne entr\u00e9e en mati\u00e8re pour parler des questions de genre, de la place des femmes et du corps dans l\u2019espace public. Quel est le point de d\u00e9part de ce projet ?<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: left\">L\u2019id\u00e9e du projet de la s\u00e9rie Les Intruses est n\u00e9e en d\u00e9cembre 2016. Lors de mes trajets quotidiens sur la ligne 2 du m\u00e9tro parisien, je remarquais une occupation majoritairement masculine d\u2019une partie du paysage. Ce regroupement d\u2019individus m\u2019a donn\u00e9 l\u2019envie de travailler sur le d\u00e9tournement des genres. En janvier 2018, Moussem Nomadic Arts Centre \u00e0 Bruxelles m\u2019a invit\u00e9e afin d\u2019adapter le projet au territoire bruxellois. La photographie intitul\u00e9e Place Houwaert est le fruit de cette r\u00e9sidence et marque le d\u00e9but de la s\u00e9rie Les Intruses. Le deuxi\u00e8me volet Barb\u00e8s a \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9 en 2019 dans le cadre de l\u2019appel \u00e0 projets Embellir Paris lanc\u00e9 par la Ville de Paris. \u00c0 premi\u00e8re vue, l\u2019espace public para\u00eet mixte, mais les d\u00e9s\u00e9quilibres entre les genres restent profonds. Parfois, la gent f\u00e9minine y est quasiment invisible. En inversant les r\u00f4les, cette situation propose de reconsid\u00e9rer les modalit\u00e9s du rapport \u00e0 l\u2019autre. Une des pistes de mes recherches s\u2019attarde sur la question du langage : l\u2019\u00e9tymologie du mot \u00ab intrus \u00bb signifie \u00ab introduire de force \u00bb, ou \u00ab qui n\u2019est pas \u00e0 sa place, et dont la pr\u00e9sence peut d\u00e9ranger \u00bb. Je me sers du champ de l\u2019image pour remettre le vivant en question et permettre une lecture du r\u00e9el. La s\u00e9rie Les Intruses va au-del\u00e0 d\u2019une d\u00e9nonciation, c\u2019est un acte. Consciente que le geste est extr\u00eame, imaginer un monde compos\u00e9 uniquement de femmes. Ici, je propose d\u2019opposer \u00e0 une r\u00e9alit\u00e9 de l\u2019espace urbain \u00ab extr\u00eame \u00bb une image elle aussi \u00ab extr\u00eame \u00bb, afin de confronter les forces visibles et invisibles et faire na\u00eetre une alternative plus nuanc\u00e9e. Les Intruses invite \u00e0 une perception nouvelle du paysage urbain. En travaillant avec des d\u00e9cors comme celui de Barb\u00e8s, dont je suis usag\u00e8re et qui m\u2019est de ce fait familier, j\u2019ai peu \u00e0 peu consid\u00e9r\u00e9 des lieux qui me sont plus inconnus, et qui d\u00e9finissent d\u2019une certaine mani\u00e8re la politique de la ville. Ces lieux de pouvoir, en majorit\u00e9 habit\u00e9s par des hommes, blancs et de classes sociales bien plus ais\u00e9es, sont l\u2019\u00e9picentre d\u2019une structure d\u2019autorit\u00e9, qui d\u00e9finit et pense la politique de l\u2019espace public. Un jeu de miroir se dessine entre le dedans et le dehors. Il serait int\u00e9ressant de voir quelles incidences pourraient na\u00eetre si on d\u00e9construisait ces espaces int\u00e9rieurs de pouvoir, en y red\u00e9finissant la place de ces habitants et habitantes et, par extension, de faire la lumi\u00e8re sur l\u2019\u00e9tat actuel du paysage public non genr\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: left\"><em>\u00a0<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: left\"><strong>Vous avez pr\u00e9sent\u00e9 la s\u00e9rie <\/strong><strong><em>Les Intruses <\/em><\/strong><strong>au Pavillon Blanc de Colomiers. Vous avez aussi fait des installations de cette s\u00e9rie dans l\u2019espace public \u00e0 Colomiers, \u00e0 Paris et \u00e0 Zagreb, comme une mise en ab\u00eeme de vos photographies.\u00a0<\/strong><strong>Quelles ont \u00e9t\u00e9 les r\u00e9actions suscit\u00e9es par ces installations ?<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: left\">C\u2019est toujours fascinant de scruter les r\u00e9actions des gens\u2026 Parfois l\u2019image s\u2019efface et entre en r\u00e9sonance avec la ville, puisqu\u2019elles cohabitent. Mais certaines r\u00e9actions m\u2019ont particuli\u00e8rement touch\u00e9e, comme celle d\u2019un jeune homme qui, le jour de l\u2019inauguration du projet \u00e0 Barb\u00e8s, m\u2019avait surprise quand, en me f\u00e9licitant, il a ajout\u00e9 : \u00ab Je me reconnais dans tes images, \u00e7a c\u2019est mes potes et moi ! \u00bb La mise en sc\u00e8ne me permet d\u2019interroger toutes ces repr\u00e9sentations et d\u2019instaurer une distance avec la r\u00e9alit\u00e9. La fiction ici offre au public une image dans laquelle il peut se reconna\u00eetre, c\u2019est peut-\u00eatre d\u00e9j\u00e0 un point de d\u00e9part pour ouvrir le d\u00e9bat sur nos probl\u00e8mes, d\u00e9voiler nos dysfonctionnements et soulever des questions d\u2019injustice sociale.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Randa Maroufi est une artiste au travail polymorphe (photographie, vid\u00e9o, installation, performance, son) qui s\u2019int\u00e9resse \u00e0 la mise en sc\u00e8ne des corps dans l\u2019espace, public ou intime. Dans la s\u00e9rie photographique Les Intruses qu\u2019elle a expos\u00e9e en d\u00e9but d\u2019ann\u00e9e 2021 \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur et \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur du Pavillon Blanc \u00e0 Colomiers mais aussi dans les rues de Paris et Zagreb, elle interroge la place des femmes dans l\u2019espace public. Son travail fait immanquablement r\u00e9agir et t\u00e9moigne de la capacit\u00e9 des d\u00e9marches artistiques \u00e0 nous interpeller, \u00e0 susciter le d\u00e9bat.<\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":4088,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[56],"tags":[13,11],"authors":[{"term_id":60,"user_id":0,"is_guest":1,"slug":"morgane-perset","display_name":"Morgane PERSET"}],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/revue-belveder.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4081"}],"collection":[{"href":"https:\/\/revue-belveder.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/revue-belveder.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revue-belveder.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revue-belveder.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=4081"}],"version-history":[{"count":10,"href":"https:\/\/revue-belveder.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4081\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":4159,"href":"https:\/\/revue-belveder.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4081\/revisions\/4159"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revue-belveder.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/4088"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/revue-belveder.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=4081"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/revue-belveder.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=4081"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/revue-belveder.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=4081"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}