{"id":4160,"date":"2021-11-26T10:01:49","date_gmt":"2021-11-26T09:01:49","guid":{"rendered":"https:\/\/revue-belveder.org\/?p=4160"},"modified":"2021-11-26T10:29:10","modified_gmt":"2021-11-26T09:29:10","slug":"la-culture-est-elle-devenue-intercommunale-pas-si-simple","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/revue-belveder.org\/index.php\/la-culture-est-elle-devenue-intercommunale-pas-si-simple\/","title":{"rendered":"La culture est-elle devenue intercommunale ? Pas si simple\u2026"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: left\">En 1999, en pr\u00e9parant ce qui deviendrait la grande loi sur l\u2019intercommunalit\u00e9 du 12 juillet, le cabinet de Jean-Pierre Chev\u00e8nement ne pariait pas un kopeck sur la culture. C\u2019est la raison pour laquelle l\u2019intervention des EPCI dans ce domaine a fait l\u2019objet d\u2019une double limite. La premi\u00e8re a \u00e9t\u00e9 de la d\u00e9finir comme optionnelle. La comp\u00e9tence culturelle ne fait pas partie des obligations, comme le sont par exemple certaines responsabilit\u00e9s infrastructurelles ou urbanistiques (transports, logement). La seconde a \u00e9t\u00e9 de faire d\u00e9pendre l\u2019extension des comp\u00e9tences culturelles d\u2019une d\u00e9finition (limitative) de leur \u00ab int\u00e9r\u00eat communautaire \u00bb. Aussi, quelle ne fut pas la surprise des analystes et d\u00e9cideurs lorsqu\u2019ils r\u00e9alis\u00e8rent que la culture avait bel et bien pris sa place dans la liste des objets intercommunaux l\u00e9gitimes !<\/p>\n<p style=\"text-align: left\">Non seulement l\u2019option a \u00e9t\u00e9 retenue tr\u00e8s souvent (\u00e0 plus des deux tiers des EPCI), mais encore elle a \u00e9t\u00e9 compl\u00e9t\u00e9e par des vocations culturelles au titre de comp\u00e9tences facultatives. Ce n\u2019est pas dire que le ph\u00e9nom\u00e8ne est irr\u00e9sistible. En effet, derri\u00e8re la d\u00e9claration d\u2019int\u00e9r\u00eat et donc de comp\u00e9tence, des distinctions consid\u00e9rables apparaissent d\u2019un territoire \u00e0 l\u2019autre. Par exemple, le contenu de ce qui est inscrit au titre de la culture est tr\u00e8s variable.<\/p>\n<p style=\"text-align: left\">Si les domaines \u00e0 r\u00e9seaux d\u2019\u00e9quipements (lecture publique, enseignement musical) sont plus fr\u00e9quents que les \u00e9v\u00e9nements ou lieux patrimoniaux ou de spectacle, le type de responsabilit\u00e9 est lui-m\u00eame variable : de la substitution totale \u00e0 la commune \u00e0 la simple d\u00e9l\u00e9gation des r\u00e9seaux informatiques, en passant par la seule animation culturelle des lieux. Ensuite, l\u2019effort culturel (soit la part de la culture dans le budget total de l\u2019EPCI) ou cet effort mesur\u00e9 par habitant reste tr\u00e8s h\u00e9t\u00e9rog\u00e8ne. Un relatif petit nombre d\u2019intercommunalit\u00e9s, dont le transfert vers la communaut\u00e9, urbaine ou rurale, se r\u00e9v\u00e8le particuli\u00e8rement dynamique, cache une majorit\u00e9 d\u2019EPCI qui n\u2019entrent en culture que modestement, et presque \u00e0 reculons. C\u2019est qu\u2019ici la perception de l\u2019int\u00e9r\u00eat d\u2019une politique culturelle n\u2019est ni n\u00e9cessairement partag\u00e9e dans les m\u00eames termes ni avec la m\u00eame intensit\u00e9 par les \u00e9lus d\u2019un p\u00e9rim\u00e8tre intercommunal.<\/p>\n<p style=\"text-align: left\">Cela s\u2019est vu en particulier \u00e0 l\u2019occasion des fusions d\u2019intercommunalit\u00e9s : certaines des fianc\u00e9es avaient cette ambition, d\u2019autres non. Leur mariage s\u2019est donc souvent traduit par un divorce d\u2019avec la comp\u00e9tence culturelle, r\u00e9achemin\u00e9e vers le niveau municipal. Ces constats sont aussi vrais globalement que pour le cercle resserr\u00e9 des m\u00e9tropoles. Avec un paradoxe \u00e9vident : alors que la culture est revendiqu\u00e9e comme un \u00e9l\u00e9ment de distinction m\u00e9tropolitaine dans un contexte de comp\u00e9tition interterritoriale, en raison de son pouvoir d\u2019attractivit\u00e9 joyeuse, de rayonnement sympathique, elle reste rarement une des comp\u00e9tences majeures de la m\u00e9tropole. Dans un r\u00e9cent ouvrage, nous avons compar\u00e9 l\u2019ensemble des institutions m\u00e9tropolitaines \u00e0 cet \u00e9gard <a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\">[1]<\/a>.<\/p>\n<p style=\"text-align: left\">La culture repr\u00e9sente moins de 3 % de leurs d\u00e9penses totales, soit largement moins que leurs villes-centres, autour de 10 % voire beaucoup plus. On peut distinguer quatre types de m\u00e9tropole culturelle.<\/p>\n<p style=\"text-align: left\"><strong><em>La m\u00e9tropole virtuelle <\/em><\/strong>(Nice, Dijon, Bordeaux, Tours, Aix-Marseille, Grenoble) d\u00e9signe les cas d\u2019absence de r\u00e9el transfert de politique culturelle, ni en g\u00e9n\u00e9ral, ni dans la singularit\u00e9 de tel ou tel secteur. On peut y trouver des \u00e9quipements, parfois prestigieux comme \u00e0 Grenoble, des projets, des discours. Mais peu de mat\u00e9rialisation, voire aucune.<\/p>\n<p style=\"text-align: left\"><strong><em>La m\u00e9tropole s\u00e9lective <\/em><\/strong>(Strasbourg, Lille, Lyon, Paris, Nantes, Nancy, Saint-\u00c9tienne, Rennes) d\u00e9signe la situation la plus fr\u00e9quente, o\u00f9 la nouvelle institution s\u2019est vu affecter une gestion partielle d\u2019un ou plusieurs domaines jusque-l\u00e0 de comp\u00e9tence municipale. La comp\u00e9tence m\u00e9tropolitaine a fait l\u2019objet d\u2019un d\u00e9bat, parfois ancien, et s\u2019est sold\u00e9e par une sp\u00e9cialisation de l\u2019EPCI sur un sous-secteur particulier : un grand \u00e9quipement, un r\u00e9seau de lecture publique, une approche patrimoniale. Mais l\u2019expectative demeure sur le fait que ces premiers transferts soient de bons leviers pour un vrai changement d\u2019\u00e9chelle. La m\u00e9tropole p\u00e8se ici entre 22 % et 37 % du total des d\u00e9penses culturelles.<\/p>\n<p style=\"text-align: left\"><strong><em>Le virage m\u00e9tropolitain <\/em><\/strong>(Toulouse, Brest, Metz, Rouen) concerne des espaces o\u00f9, par l\u2019intensit\u00e9 des transferts ou bien par le renforcement de capacit\u00e9 de pilotage administratif, la m\u00e9tropole devient un acteur central du jeu culturel. Elle le fait par des \u00e9quipements, mais aussi par le fait qu\u2019elle repr\u00e9sente, plus que les villes, un horizon d\u2019attente. Celui-ci n\u2019est pas seulement budg\u00e9taire. Il touche aussi \u00e0 de nouvelles pistes pour la culture, comme \u00e0 Toulouse, o\u00f9 les nouveaux territoires de l\u2019art, la culture scientifique et technique voisinent avec la gestion de l\u2019Op\u00e9ra Orchestre. Elle p\u00e8se, dans ce groupe, entre 44 % et 72 % du total.<\/p>\n<p style=\"text-align: left\"><strong><em>La politique culturelle m\u00e9tropolitaine <\/em><\/strong>(Toulon, Montpellier, Clermont) t\u00e9moigne d\u2019un basculement r\u00e9alis\u00e9. Il va souvent de pair avec une mutualisation des niveaux et des mandats politiques. Historiquement, Montpellier s\u2019\u00e9tait impos\u00e9e comme l\u2019une des agglom\u00e9rations tr\u00e8s investies dans la culture. Elle le confirme au stade m\u00e9tropolitain, en poursuivant sa dynamique d\u2019int\u00e9gration de nouvelles comp\u00e9tences, d\u2019une part, et en proc\u00e9dant \u00e0 une mutualisation pouss\u00e9e des \u00e9quipes et politiques, d\u2019autre part. Deux autres cas, Clermont et Toulon, peuvent \u00eatre \u00e9galement mentionn\u00e9s comme les rares exemples de transfert du centre de gravit\u00e9 d\u2019une politique culturelle de la ville vers la m\u00e9tropole, celle-ci repr\u00e9sentant plus de 80 % des d\u00e9penses.<\/p>\n<p style=\"text-align: left\">Secteur en transition, la culture \u00e0 l\u2019heure m\u00e9tropolitaine fait \u00e9merger trois facteurs typiques de ce type de conjoncture. Le temps est le premier, qui montre que de tels changements ont une importance symbolique telle qu\u2019ils ne peuvent \u00eatre d\u00e9cr\u00e9t\u00e9s \u00e0 la seule aune de l\u2019int\u00e9r\u00eat financier ou manag\u00e9rial. Les m\u00e9tropoles les plus int\u00e9gratrices sont parmi celles qui ont commenc\u00e9 t\u00f4t.<\/p>\n<p style=\"text-align: left\">Le deuxi\u00e8me facteur est politique, et concerne en particulier la nature du leadership multiniveau. Le dynamisme montpelli\u00e9rain est fonction d\u2019une identit\u00e9 de majorit\u00e9 entre ville et m\u00e9tropole que l\u2019on retrouve, non par hasard, \u00e0 Clermont, Toulon et Rouen. La stabilit\u00e9 du jeu lillois a \u00e0 voir avec l\u2019opposition entre ces deux \u00e9chelles, qui explique la faiblesse des transferts d\u2019\u00e9quipement \u00e0 Aix-Marseille, par exemple.<\/p>\n<p style=\"text-align: left\">Enfin le troisi\u00e8me facteur est l\u2019aptitude \u00e0 \u00ab jouer m\u00e9tropolitain \u00bb chez les acteurs culturels euxm\u00eames. Les acteurs les plus coop\u00e9ratifs (lectures publiques, enseignements artistiques) sont souvent les mieux servis par le changement d\u2019\u00e9chelle, dont se prot\u00e8gent ceux qui sont, dans le spectacle vivant par exemple, plut\u00f4t mus par une \u00e9thique de la singularit\u00e9 artistique et du circuit court avec le Prince.<\/p>\n<p style=\"text-align: left\">Pour jouer m\u00e9tropolitain, il faut donc cultiver un sens des liens et des patrons qui se r\u00e9v\u00e8lent plus subtils et complexes que ce qu\u2019en \u00e9dicte la loi.<\/p>\n<p style=\"text-align: left\"><a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\">[1]<\/a> N\u00c9GRIER E. et TEILLET P., <em>Culture et M\u00e9tropole. Une trajectoire montpelli\u00e9raine, <\/em>Autrement, 2021.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Comment les intercommunalit\u00e9s se saisissent-elles de la comp\u00e9tence culturelle ? Des r\u00e9alit\u00e9s multiples sont observables en mati\u00e8re de contenus, de responsabilit\u00e9s, mais aussi d\u2019effort budg\u00e9taire. La question est d\u2019autant plus int\u00e9ressante \u00e0 l\u2019\u00e9chelle des m\u00e9tropoles qui revendiquent la culture comme levier d\u2019attractivit\u00e9 et de distinction m\u00e9tropolitaine. D\u00e9cryptage \u00e0 l\u2019\u00e9chelle des grandes m\u00e9tropoles fran\u00e7aises.<\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":4162,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[56],"tags":[],"authors":[{"term_id":73,"user_id":0,"is_guest":1,"slug":"emmanuel-negrier","display_name":"Emmanuel NEGRIER"}],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/revue-belveder.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4160"}],"collection":[{"href":"https:\/\/revue-belveder.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/revue-belveder.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revue-belveder.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revue-belveder.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=4160"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/revue-belveder.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4160\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":4164,"href":"https:\/\/revue-belveder.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4160\/revisions\/4164"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revue-belveder.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/4162"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/revue-belveder.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=4160"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/revue-belveder.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=4160"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/revue-belveder.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=4160"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}