{"id":5086,"date":"2025-02-04T08:02:18","date_gmt":"2025-02-04T07:02:18","guid":{"rendered":"https:\/\/revue-belveder.org\/?p=5086"},"modified":"2025-02-05T09:59:24","modified_gmt":"2025-02-05T08:59:24","slug":"pyrenees-fond-de-decor","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/revue-belveder.org\/index.php\/pyrenees-fond-de-decor\/","title":{"rendered":"Les Pyr\u00e9n\u00e9es en fond de d\u00e9cor"},"content":{"rendered":"<p>S\u2019\u00e9tirant sur un peu plus de 400 km, s\u2019\u00e9levant rapidement \u00e0 leurs deux extr\u00e9mit\u00e9s au-dessus du golfe du Lion et du golfe de Gascogne, les Pyr\u00e9n\u00e9es poss\u00e8dent une incontestable pr\u00e9sence physique. Si les \u00e9crits politiques des temps pr\u00e9c\u00e9dant la Grande Guerre ont rendu c\u00e9l\u00e8bre la \u00ab ligne bleue des Vosges \u00bb, celle-ci se r\u00e9v\u00e8le dans le paysage lorrain bien plus discr\u00e8te que son \u00e9quivalent pyr\u00e9n\u00e9en.\u00a0 On comprend facilement que les Pyr\u00e9n\u00e9es aient longtemps \u00e9t\u00e9 convoqu\u00e9es \u00e0 l\u2019appui de la th\u00e9orie des fronti\u00e8res naturelles, formul\u00e9e au XVIIIe si\u00e8cle et reprise \u00e0 leur compte par les r\u00e9volutionnaires : \u00ab les limites de la France sont marqu\u00e9es par la nature, nous les atteindrons des quatre coins de l&#8217;horizon, du c\u00f4t\u00e9 du Rhin, du c\u00f4t\u00e9 de l&#8217;Oc\u00e9an, du c\u00f4t\u00e9 des Pyr\u00e9n\u00e9es, du c\u00f4t\u00e9 des Alpes \u00bb, d\u00e9clarait Danton en 1793.<\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<h3><strong>Vue d\u2019ensemble et figures singuli\u00e8res<\/strong><\/h3>\n<p>Les Pyr\u00e9n\u00e9es se voient de loin. Pas tous les jours, certes, et pas toujours de fa\u00e7on nette, mais il n\u2019est pas rare de les deviner depuis le sud de l\u2019Aveyron ou les coteaux du Lot-et-Garonne, \u00e0 plus de 150 km de la cha\u00eene. Deux fois l\u2019an, autour de la Toussaint et de d\u00e9but f\u00e9vrier, gr\u00e2ce \u00e0 la r\u00e9fraction atmosph\u00e9rique, le Canigou se d\u00e9tache, telle une \u00eele sur le soleil couchant, depuis Notre-Dame-de-la-Garde \u00e0 Marseille, distante de 250 km. Mais il est de nombreux spots plus proches offrant de meilleures garanties de visibilit\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9chelle de l\u2019ann\u00e9e. Dans les campagnes vallonn\u00e9es de la Gascogne et du Lauragais, chaque village ou presque a le sien, perch\u00e9 au sommet d\u2019un coteau. Certains b\u00e9n\u00e9ficient d\u2019une petite renomm\u00e9e, comme la terrasse de Lectoure, ou les hauteurs de Pech David, \u00e0 Toulouse. Les trac\u00e9s autoroutiers ont r\u00e9v\u00e9l\u00e9 d\u2019autres perspectives int\u00e9ressantes. L\u2019une des plus spectaculaires se trouve sur l\u2019A66, lorsque celle-ci, non loin de Maz\u00e8res, plonge dans la plaine de l\u2019Hers : lieu \u00e9videmment \u00e9quip\u00e9 d\u2019un panneau marron pr\u00e9cisant \u00ab Pyr\u00e9n\u00e9es ari\u00e9geoises \u00bb, assorti d\u2019une repr\u00e9sentation de randonneurs et d\u2019un skieur dans des tenues \u00e9voquant la vocation touristique ancienne de la cha\u00eene. Quelques sommets se d\u00e9tachent \u00e7\u00e0 et l\u00e0 de la ligne d\u2019horizon. Non pas n\u00e9cessairement les plus \u00e9lev\u00e9s, group\u00e9s autour de la fronti\u00e8re, souvent masqu\u00e9s ou peu saillants, mais des postes avanc\u00e9s dominant les r\u00e9gions basses, ou bien des silhouettes singuli\u00e8res, tels le mont Vallier ou le pic du Midi de Bigorre. \u00c0 l\u2019\u00e9chelle locale, chaque partie du pi\u00e9mont poss\u00e8de son sommet tut\u00e9laire s\u2019imposant dans le paysage, parfois affubl\u00e9 d\u2019un surnom, objet de l\u00e9gendes et de manifestations traditionnelles : la Rhune sur le littoral basque, le pic du Midi d\u2019Ossau en B\u00e9arn, le Cagire en Comminges, et \u00e9videmment le Canigou en Roussillon, s\u2019\u00e9levant \u00e0 tel point au-dessus de la plaine qu\u2019il fut longtemps consid\u00e9r\u00e9 comme le plus haut sommet de la cha\u00eene. Autant de noms repris dans l\u2019odonymie de bien des lotissements pavillonnaires des ann\u00e9es 1960 et 1970, d\u00e9clinaison r\u00e9gionale des habituels assortiments de noms de fleurs ou d\u2019oiseaux.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<div id=\"attachment_5088\" style=\"width: 586px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a  href=\"https:\/\/revue-belveder.org\/wp-content\/uploads\/2025\/02\/RueMontagne_DamienFiorella.jpg\" data-rel=\"lightbox-gallery-0\" data-rl_title=\"\" data-rl_caption=\"\" title=\"\"><img aria-describedby=\"caption-attachment-5088\" loading=\"lazy\" class=\"wp-image-5088 size-large\" src=\"https:\/\/revue-belveder.org\/wp-content\/uploads\/2025\/02\/RueMontagne_DamienFiorella-576x1024.jpg\" alt=\"Vue sur les Pyr\u00e9n\u00e9es depuis Luchon, Haute-Garonne \u00a9Damien Fiorella\" width=\"576\" height=\"1024\" srcset=\"https:\/\/revue-belveder.org\/wp-content\/uploads\/2025\/02\/RueMontagne_DamienFiorella-576x1024.jpg 576w, https:\/\/revue-belveder.org\/wp-content\/uploads\/2025\/02\/RueMontagne_DamienFiorella-169x300.jpg 169w, https:\/\/revue-belveder.org\/wp-content\/uploads\/2025\/02\/RueMontagne_DamienFiorella-768x1365.jpg 768w, https:\/\/revue-belveder.org\/wp-content\/uploads\/2025\/02\/RueMontagne_DamienFiorella-500x889.jpg 500w, https:\/\/revue-belveder.org\/wp-content\/uploads\/2025\/02\/RueMontagne_DamienFiorella.jpg 844w\" sizes=\"(max-width: 576px) 100vw, 576px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-5088\" class=\"wp-caption-text\">Vue sur les Pyr\u00e9n\u00e9es depuis Luchon, Haute-Garonne \u00a9Damien Fiorella<\/p><\/div>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<h3><strong>Les Pyr\u00e9n\u00e9es au fil des jours<\/strong><\/h3>\n<p>Rep\u00e8re dans l\u2019espace, l\u2019horizon pyr\u00e9n\u00e9en l\u2019est aussi dans le temps. Le temps qui s\u2019\u00e9coule, comme le temps qu\u2019il fait. Quasi quotidien au pied de la montagne, le panorama devient plus intermittent au fur et \u00e0 mesure que l\u2019on prend de la distance, jusqu\u2019\u00e0 ce que sa manifestation devienne, loin au nord, un \u00e9v\u00e9nement exceptionnel. Chacun a fait l\u2019exp\u00e9rience, non sans une petite \u00e9motion, d\u2019un matin d\u2019hiver o\u00f9, apr\u00e8s de longues journ\u00e9es d\u2019absence, les Pyr\u00e9n\u00e9es r\u00e9apparaissent dans le paysage, soudain merveilleusement nettes. Le plein \u00e9t\u00e9 semble une saison moins propice \u00e0 de tels spectacles. La visibilit\u00e9 de la cha\u00eene d\u00e9pend de plusieurs facteurs : la n\u00e9bulosit\u00e9 sur le lieu d\u2019observation et sur le massif, l\u2019humidit\u00e9 atmosph\u00e9rique, la teneur de l\u2019air des basses couches en particules fines. Les temps avec effet de foehn<a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\">[1]<\/a> sont particuli\u00e8rement favorables. Par flux de sud, les nuages se massent sur le versant espagnol de la cha\u00eene. Une fois la cr\u00eate franchie, l\u2019air descendant se r\u00e9chauffe, l\u2019humidit\u00e9 atmosph\u00e9rique d\u00e9cro\u00eet fortement, tandis que le ciel se d\u00e9gage. Cette vision intermittente des Pyr\u00e9n\u00e9es a suscit\u00e9 des dictons m\u00e9t\u00e9orologiques locaux, le plus connu \u00e9tant, dans sa forme occitane : \u00ab Montanha clara, Bord\u00e8u escur, doman ploja segur \u00bb (\u00ab Montagne claire, Bordeaux obscur, demain pluie \u00e0 coup s\u00fbr \u00bb). Encore est-on souvent dans l\u2019erreur en ne retenant que la premi\u00e8re partie du dicton, alors que les deux conditions doivent \u00eatre remplies : elles traduisent le d\u00e9placement vers l\u2019est d\u2019une perturbation depuis le golfe de Gascogne, associ\u00e9e d\u2019abord \u00e0 un flux de sud-ouest sur les Pyr\u00e9n\u00e9es, avec effet de foehn et vue d\u00e9gag\u00e9e sur le versant nord de la cha\u00eene, puis \u00e0 l\u2019arriv\u00e9e d\u2019un front par l\u2019ouest, assombrissant le ciel et susceptible d\u2019apporter la pluie. L\u2019arri\u00e8re-plan pyr\u00e9n\u00e9en marque aussi, par son changement d\u2019aspect, le rythme des saisons. Un matin de novembre, le lointain ruban bleu vire, dans sa partie sup\u00e9rieure, au blanc, t\u00e9moin de la premi\u00e8re chute de neige sur la cha\u00eene. Signe de l\u2019entr\u00e9e dans la saison froide, mais moment attendu avec impatience par certains, all\u00e9ch\u00e9s par la perspective d\u2019une ouverture prochaine des domaines skiables. Des g\u00e9n\u00e9rations de photographes ont \u00e9t\u00e9 s\u00e9duits par le contraste entre les sommets plong\u00e9s dans l\u2019hiver et les feux de l\u2019automne ou du printemps \u00e0 leur pied : or des vignes du Juran\u00e7on, rose des p\u00eachers du Roussillon, vert des jeunes pousses de bl\u00e9 des collines gasconnes. \u00c9diteurs de cartes postales et guides touristiques ont us\u00e9 \u2013 et souvent abus\u00e9 \u2013 de cette iconographie. Pour combien de temps encore ? Si les s\u00e9ries statistiques montrent d\u2019importantes variations interannuelles du manteau neigeux dans les Pyr\u00e9n\u00e9es, la tendance sur les derni\u00e8res d\u00e9cennies est \u00e0 la baisse. Avec la remont\u00e9e de la limite pluie-neige, cons\u00e9quence de l\u2019\u00e9l\u00e9vation des temp\u00e9ratures, la frange blanche ourlant l\u2019horizon pyr\u00e9n\u00e9en hivernal tend \u00e0 s\u2019amincir et manque parfois \u00e0 No\u00ebl. Le Canigou \u00e9tait \u00e0 peine saupoudr\u00e9 de blanc en janvier 2024. La vue des Pyr\u00e9n\u00e9es aussi nous alerte sur la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019agir contre le r\u00e9chauffement climatique.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h3><strong>D\u00e9couvrir et parcourir les panoramas sur les Pyr\u00e9n\u00e9es<\/strong><\/h3>\n<p>Le tropisme visuel exerc\u00e9 par la cha\u00eene pyr\u00e9n\u00e9enne s\u2019appr\u00e9cie \u00e0 la faveur des tr\u00e8s nombreuses tables d\u2019orientation tourn\u00e9es vers le sud, dont Romain Marrast, g\u00e9omaticien et pyr\u00e9n\u00e9iste, a r\u00e9alis\u00e9 une remarquable cartographie assortie de commentaires sur la vue, le cadre et la r\u00e9alisation de chaque table<a href=\"#_ftn2\" name=\"_ftnref2\">[2]<\/a>.<\/p>\n<div id=\"attachment_5089\" style=\"width: 710px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a  href=\"https:\/\/revue-belveder.org\/wp-content\/uploads\/2025\/02\/tables_orientation.jpg\" data-rel=\"lightbox-gallery-0\" data-rl_title=\"\" data-rl_caption=\"\" title=\"\"><img aria-describedby=\"caption-attachment-5089\" loading=\"lazy\" class=\"wp-image-5089 size-large\" src=\"https:\/\/revue-belveder.org\/wp-content\/uploads\/2025\/02\/tables_orientation-1024x552.jpg\" alt=\"\" width=\"700\" height=\"377\" srcset=\"https:\/\/revue-belveder.org\/wp-content\/uploads\/2025\/02\/tables_orientation-1024x552.jpg 1024w, https:\/\/revue-belveder.org\/wp-content\/uploads\/2025\/02\/tables_orientation-300x162.jpg 300w, https:\/\/revue-belveder.org\/wp-content\/uploads\/2025\/02\/tables_orientation-768x414.jpg 768w, https:\/\/revue-belveder.org\/wp-content\/uploads\/2025\/02\/tables_orientation-500x269.jpg 500w, https:\/\/revue-belveder.org\/wp-content\/uploads\/2025\/02\/tables_orientation.jpg 1409w\" sizes=\"(max-width: 700px) 100vw, 700px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-5089\" class=\"wp-caption-text\">Extrait de la carte interactive des tables d\u2019orientation des Pyr\u00e9n\u00e9es<br \/>\u00a9Romain Marrast<\/p><\/div>\n<p>Ceci ne peut pas masquer que les lieux perch\u00e9s ou en situation de balcon foisonnent dans les paysages ondul\u00e9s du Sud-Ouest, bien exprim\u00e9s par la toponymie de sites, et m\u00eame de quelques communes, comme Belb\u00e8ze ou Betb\u00e8ze \u2013 belle et grande vue, en occitan. Qui n\u2019a pas fait l\u2019exp\u00e9rience de ces parcours panoramiques en empruntant les routes d\u00e9partementales entre Toulouse et Tarbes, d\u2019Auch \u00e0 Lannemezan, de Foix \u00e0 Saint-Girons, particuli\u00e8rement en circulant longitudinalement, d\u2019est en ouest, ou l\u2019inverse, \u00e0 trente ou quarante kilom\u00e8tres de la cha\u00eene ? Les cartes routi\u00e8res et touristiques, celles de la soci\u00e9t\u00e9 Michelin notamment, proposent leurs fameux parcours pittoresques, d\u00e9j\u00e0 identifi\u00e9s dans les guides et cartes de la fin du XIXe si\u00e8cle. Des itin\u00e9raires panoramiques en balcon sont r\u00e9pertori\u00e9s dans les r\u00e9cents atlas de paysage des Hautes- Pyr\u00e9n\u00e9es et de la Haute-Garonne. Toutefois, m\u00eame si les circuits touristiques abondent, souvent \u00e0 l\u2019\u00e9chelle locale des communes et intercommunalit\u00e9s, d\u00e9clin\u00e9s en itin\u00e9raires cyclo et p\u00e9destres, l\u2019int\u00e9r\u00eat pour les vues sur la montagne n\u2019est sans doute pas suffisamment (re)connu et valoris\u00e9. \u00c0 l\u2019heure du num\u00e9rique et du virtuel tous azimuts, l\u2019exp\u00e9rience concr\u00e8te qui demande disponibilit\u00e9, curiosit\u00e9 et patience se verra-t-elle sacrifi\u00e9e au nom du \u00ab tout accessible imm\u00e9diatement \u00bb ? Le d\u00e9cor que cr\u00e9e la vue de l\u2019horizon c\u00e8dera-t-il sous la concurrence de la photographie panoramique accessible en un clic, moyennant finance, se d\u00e9clinant en papier peint, d\u00e9corant le mur du salon \u00e0 d\u00e9faut de la r\u00e9alit\u00e9 changeante ?<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h3><strong>Les Pyr\u00e9n\u00e9es, des vues \u00e0 (en)cadrer <\/strong><\/h3>\n<p>L\u2019am\u00e9nit\u00e9 paysag\u00e8re et culturelle de la vue sur la cha\u00eene pyr\u00e9n\u00e9enne se manifeste aussi dans la localisation et l\u2019implantation de l\u2019habitat. Cette r\u00e9alit\u00e9 marqu\u00e9e combine trois param\u00e8tres logiques : \u00eatre en hauteur sur les cr\u00eates orient\u00e9es est-ouest, sans vis-\u00e0-vis proche pour \u00e9viter les effets de masque, \u00eatre enfin tourn\u00e9 au sud pour d\u00e9crocher la vue. Les maisons individuelles et certains lotissements, des op\u00e9rations d\u2019urbanisme en ville comme dans le p\u00e9riurbain, mais aussi dans les territoires de faible densit\u00e9, valorisent et recherchent cette plus-value dans le quotidien de la sph\u00e8re domestique. Paradoxalement, cet \u00e9l\u00e9ment paysager dans l\u2019attraction r\u00e9sidentielle a des incidences sur les paysages urbanis\u00e9s : \u00e9tirement pas toujours bien ma\u00eetris\u00e9 des silhouettes des villages et bourgs, implantation discontinue n\u00e9cessitant une d\u00e9bauche de moyens \u2013 d\u00e9caissement, terrassement, enrochement \u2013 dont l\u2019impact paysager rivalise avec la d\u00e9pense \u00e9nerg\u00e9tique. Qui ne s\u2019est pas exclam\u00e9 face \u00e0 une telle \u00e9vidence, tout en reconnaissant, dans son for int\u00e9rieur, le bien-fond\u00e9 de l\u2019atout du cadre de vie, de vue (\u00ab La place qu\u2019occupe le paysage lorsqu\u2019il s\u2019agit de venir habiter l\u00e0, dans le p\u00e9riurbain, ne se pose pas comme une priorit\u00e9, mais plut\u00f4t comme un agr\u00e9ment tr\u00e8s arrangeant du cadre de de vie \u00bb<a href=\"#_ftn3\" name=\"_ftnref3\">[3]<\/a>). Les enjeux paysagers ont \u00e0 voir \u00e9galement avec des questions et des choix d\u2019am\u00e9nagement du territoire, notamment d\u2019urbanisme. Les orientations d&#8217;am\u00e9nagement et de programmation devraient syst\u00e9matiquement envisager et accompagner ce tropisme qui rend l\u2019habiter d\u00e9sirable, enviable et vivable. Cependant, la vue a un prix, voire m\u00eame plusieurs. Pour le march\u00e9 foncier et immobilier, la tarification est certaine, mais comment l\u2019\u00e9valuer \u00e0 sa juste valeur, dans un march\u00e9 concurrentiel et amateur de superlatifs qui accompagnent les annonces immobili\u00e8res (\u00ab Situ\u00e9e au calme et en hauteur, orient\u00e9e sud avec une vue imprenable sur la cha\u00eene des Pyr\u00e9n\u00e9es, cette superbe villa\u2026 \u00bb ou \u00ab Magnifique villa de 120 m\u00b2 environ avec garage double et vue \u00e0 180\u00b0 sur la cha\u00eene des Pyr\u00e9n\u00e9es \u00bb). Sans faire d\u2019\u00e9tude approfondie, il est \u00e9vident que les luxueuses villas au-dessus de Lacroix-Falgarde, tout au long de la rive droite de l\u2019Ari\u00e8ge, tout comme sur les coteaux de Pech David \u00e0 Vigoulet-Auzil, se sont empar\u00e9es des nombreuses situations o\u00f9 la vue sur les Pyr\u00e9n\u00e9es compose le cadre lointain. Cette exclusivit\u00e9, pour laquelle bien d\u2019autres ressorts sont en jeu, se monnaye \u00e0 prix fort, contribuant \u00e0 s\u00e9gr\u00e9guer et \u00e0 faire s\u00e9cession.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\">[1]<\/a> Effet de foehn : ph\u00e9nom\u00e8ne m\u00e9t\u00e9orologique cr\u00e9\u00e9 par la rencontre de la circulation atmosph\u00e9rique et du relief quand un vent dominant rencontre une cha\u00eene montagneuse.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref2\" name=\"_ftn2\">[2]<\/a> https:\/\/www.tables-orientation-pyrenees.fr\/<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref3\" name=\"_ftn3\">[3]<\/a> Olivier Bories, <em>Le paysage dans les mani\u00e8res d&#8217;habiter des r\u00e9sidents du p\u00e9riurbain : le cas de l&#8217;agglom\u00e9ration toulousaine<\/em>, th\u00e8se de doctorat, 2008.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Imagine-t-on Toulouse et les pays toulousains sans cette frange sombre et irr\u00e9guli\u00e8rement cr\u00e9nel\u00e9e, soulignant l\u2019horizon au sud, qu\u2019un nouvel arriv\u00e9 dans la r\u00e9gion identifiera sans peine en la reliant \u00e0 la carte de France ? \u00c9l\u00e9ment du paysage qui lui deviendra vite familier, comme il l\u2019est des natifs des territoires entre Lauragais et Gascogne. Prises au t\u00e9l\u00e9objectif, qui compresse les plans, les photographies traduisent mal la valeur de rep\u00e8re spatial de la cha\u00eene pyr\u00e9n\u00e9enne pour les populations vivant \u00e0 son pied : moyen d\u2019orientation commode, pr\u00e9sence suffisamment distante pour ne pas \u00eatre \u00e9crasante, borne rassurante d\u2019un espace de vie des hommes. <\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":5087,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[250],"tags":[],"authors":[{"term_id":134,"user_id":0,"is_guest":1,"slug":"philippe-beringuier","display_name":"Philippe BERINGUIER"},{"term_id":136,"user_id":0,"is_guest":1,"slug":"bertrand-desailly","display_name":"Bertrand DESAILLY"}],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/revue-belveder.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5086"}],"collection":[{"href":"https:\/\/revue-belveder.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/revue-belveder.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revue-belveder.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revue-belveder.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=5086"}],"version-history":[{"count":5,"href":"https:\/\/revue-belveder.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5086\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":5094,"href":"https:\/\/revue-belveder.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5086\/revisions\/5094"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revue-belveder.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/5087"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/revue-belveder.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=5086"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/revue-belveder.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=5086"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/revue-belveder.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=5086"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}